Politique congolaise : où sont les femmes ?

Politique congolaise : où sont les femmes ?

58 ans après l’indépendance, la chose politique congolaise est toujours détenue par une écrasante majorité masculine, qui frôle parfois le machisme. Il faut que ça change !

On ne peut pas construire sans les femmes! Si pas plus loin qu’au Rwanda voisin on a compris cette réalité, en République démocratique du Congo, dans le domaine politique, la femme est toujours laissée à la traîne : bornée à occuper des « postes naturels », et donc sans envergure, elle sert souvent à meubler un décor pourtant piètre en résultat.

Pas de statistiques, du ressenti, du vécu. Dimanche, l’opposant Moïse Katumbi publie sa grande équipe composée d’hommes capables d’incarner le changement. Seules treize femmes occupent cette liste, et pas une seule dans son Bureau politique que l’on veut pourtant inclusif. Cependant, il ne faudra pas pointer du doigt le leader d’ENSEMBLE. L’année derrière, son ami Félix Tshisekedi, à la tête du Rassemblement, n’avait pas fait mieux, si pas pire. Dans son cabinet, les femmes sont cantonnées aux postes de protocoles. Lui non plus, il ne faut pas l’incriminer. Son père, le grand Etienne Tshisekedi, n’avait toujours pas fait mieux avec on UDPS éternelle.

Il a fallu à Etienne Tshisekedi himself, énormément du temps pour voir jaillir de son épaule une certaine Eve Bazaïba, qui n’a écloré que du côté de Jean-Pierre Bemba, non sans attendre un massif départ des cadres du MLC. Au pouvoir, plus juteux, il y a quelques femmes. Les Jeannine Mabunda, ou encore Marie-Ange Lukiana, ou même la jeunesse incarnée par Isabelle Ebambi Katalayi. Mais voilà, elles doivent toutes, d’un cas comme de l’autre, être couvertes d’une ombre masculine et, parfois, macho. On en trouvera quelques-unes au sein de partis politiques, mais bien souvent en charge des « choses » réservées aux femmes. Lorsqu’elles arrivent au gouvernement, elles doivent occuper des ministères de leur prédilections : affaires sociales, conditions féminines…

Tous responsables

Et pourtant, les politiques ne sont pas plus machos que nous autres journalistes. En toute sincérité, il est étrange de remarquer que seules deux femmes sont intervenues sur POLITICO.CD durant mars 2018, pourtant mois de la femme. Evidemment, on aurait pu faire mieux. Mais en réalité, c’est aussi une inconscience collective et une culture qui nous animent tous. Pour des sujets jugés « sérieux », nous préférons joindre les hommes. Parfois, et très rarement, nous avons la vaillantes Bazaïba qui se faufilent entre les lignes pour faire exister cette gente qui est certes loin d’être exemplaire elle-même. Car en effet, s’il y a des disparités dans le temps de parole entre hommes et femmes chez POLITICO.CD, c’est aussi et surtout parce que la femme elle-même restent rares, tant dans la présence que dans la consistance. Les exceptions existent, mais ne sauraient continuer à exister si rien n’est fait pour inverser la tendance.

Le symbole, on le trouve du côté du Parti Lumumbiste Unifié (PALU), où une femme, une icône est laissée quasiment à l’abandon, après avoir tout donner à ce parti historique. Nous parlons bien évidemment de « Maman Thérèse Pakasa ». Figure de proue de la lutte pour la démocratie au pays, celle qui a fait vivre le PALU du temps de l’exil d’Antoine Gizenga s’est retrouvée coincée dans un centre hospitalier de Kinshasa, sans capacités, entre la vie et la mort. Et il faudra, une fois de plus, voir un homme politique voler à son secours. Une bien triste situation qui interpelle dans ce pays où, en dehors de la politique, la femme est dans une condition précaire : une problématique enracinée dans la culture même populaire.

A cet effet, plutôt qu’un billet normal, nous annonçons ici l’avènement d’une initiative chez POLITICO.CD pour nous impliquer d’abord, mais également servir d’exemple et créer ainsi une dynamique, tant soit que peu, pour faire bouger les lignes. Dans les jours à venir, nous appellerons tous ceux qui se sentent impliqués, et toutes seules qui veulent changer les choses, à se joindre à nous.

LITSANI CHOUKRAN,
Le Fondé.

 

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