RDC: Grand Inga: un revers majeur pour Kabila

RDC: Grand Inga: un revers majeur pour Kabila

  • 12 avril 2018
  • François Misser

RDC: Grand Inga: un revers majeur pour Kabila

Par François Misser.

L’Assemblée nationale congolaise vient de rejeter le projet de loi sur Inga, prévu dans le Traité international avec l’Afrique du Sud. Un camouflet pour Joseph Kabila, un coup d’arrêt au projet et un sérieux revers pour les perspectibves économiques de la république démocratique du Congo (RDC).

La perspective de la réalisation du plus grand projet hydroélectrique de tous les temps, le méga-barrage de Grand Inga (40 gigawatts) sur le fleuve Congo, s’éloigne au fil du temps. Le 6 avril dernier, l’Assemblée nationale congolaise a rejeté un projet de loi relatif à la promotion et au développement du projet Grand Inga, en approuvant à main levée une motion du député de Mbandaka (Equateur, nord-ouest), Henri-Thomas Lokondo, pourtant membre de la Majorité présidentielle (MP), connu pour son indépendance d’esprit.

Un camouflet pour le président Kabila

Ce vote est un camouflet pour le président Joseph Kabila, qui voulait l’approbation par le parlement de ce projet de loi, qui est en accord avec une ordonnance plaçant Grand Inga sous la tutelle de la Présidence.

C’est d’autant plus un camouflet que le député de la MP a demandé à ses collègues de rejeter le texte sans même l’examiner, avant même que le ministre de l’Energie, Ingele Ifoto, ait pu placer un mot. Pour Henri-Thomas Lokondo, vieux routier de la politique qui fut membre du Mouvement populaire de la révolution (MPR) mobutiste, une loi spécifique pour le barrage d’Inga n’est pas nécessaire. À ce compte-là, il faudrait, dit-il, une loi particulière pour chaque barrage existant au Congo..

Il y a déjà une loi

Le point de vue du député Lokondo a reçu le soutien d’un des ténors de l’opposition, Juvénal Munubo, élu de Walikale (Nord-Kivu, est). “Nous avons rejeté le projet de loi sur le Grand Inga présenté par le gouvernement car il ne figure pas parmi les matières prévues par la Constitution sur lesquelles l’Assemblée nationale peut légiférer. Il s’agit d’un projet du gouvernement parmi tant d’autres. La loi sur l’électricité de 2014, qui prévoit entre autres choses les concessions avec les privés, suffit pour développer ce projet sans doute important », explique-t-il à La Libre Afrique.be.

Au ministre de l’Énergie, qui invoque comme justification de la soumission du projet au vote de l’Assemblée, le fait que le Traité international sur Inga, signé en 2013 entre le Congo et l’Afrique du sud, prévoit l’adoption de lois spécifiques par les parlements des deux pays, Juvénal Munubo objecte que ce traité ne devrait pas exiger une loi spéciale pour Inga. C’est pour lui « une question de principe qu’on ne peut pas légiférer sans que la Constitution en prévoie la possibilité ».

L’Afrique du Sud moins intéressée

A ce stade, l’Afrique du Sud n’a pas encore réagi officiellement. La seule certitude, selon un ancien diplomate, est qu’indépendamment des dernières péripéties survenues au Palais du Peuple, l’intérêt pour Inga manifesté par l’ancien président Jacob Zuma, s’est beaucoup émoussé. La Development Bank of Southern Africa (DBSA) demeure sans doute intéressée mais Inga ne compte plus parmi ses priorités, confie cette source à la Libre Afrique.be.

Et cela pour deux raisons. D’une part, les atermoiements dans l’avancement du projet ont contraint la société sud-africaine Eskom – qui devait acquérir, selon le Traité, plus de la moitié de la puissance générée par Inga 3, première phase de Grand Inga – à prévoir d’autres alternatives pour combler le déficit énergétique de l’Afrique du Sud.

D’autre part, au sein d’Eskom comme de l’appareil du pouvoir sud-africain, Inga a des ennemis. À commencer par le lobby nucléaire, qui souhaite accorder la priorité au programme de centrales agréé en 2014 entre Pretoria et Rosatom, qui est en train de démarcher toute une série de pays dont l’Algérie, l’Ethiopie et l’Ouganda, avec le concours très actif du ministre russe des Affaires étrangères, Sergeï Lavrov, qui s’est déplacé plusieurs fois à cet effet sur le continent africain.

En définitive, comme le mentionnait déjà en novembre 2017 la Libre Afrique https://afrique.lalibre.be/11015/inga-3-les-casseroles-des-candidats-batisseurs-espagnols/, le projet Inga 3 semble être bel et bien enlisé. Après ce vote de l’Assemblée nationale congolaise, la perspective du début de la construction d’Inga 3 en 2025, devient indéniablement plus incertaine.

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