RDC: Kinshasa veut décider de l’utilisation de l’argent promis vendredi à Genève

RDC: Kinshasa veut décider de l’utilisation de l’argent promis vendredi à Genève

  • 16 avril 2018
  • Marie-France Cros

RDC: Kinshasa veut décider de l’utilisation de l’argent promis vendredi à Genève

Commentaire par Marie-France Cros.

Kinshasa avait boycotté la réunion de bailleurs de fonds du vendredi 13 avril à Genève, parce qu’elle donnait « une mauvaise image » du Congo. Mais veut maintenant décider de l’utilisation des aides promises.

La conférence de Genève a récolté des promesses pour un tiers des sommes nécessaires pour venir en aide aux nombreuses populations congolaises affectées par des violences ou par les négligences de l’Etat: 528 millions de dollars.

Kinshasa, on le sait, avait refusé de participer à cette conférence parce qu’elle donnait « une mauvaise image » du Congo et contestait les chiffres de déplacés, n’en reconnaissant que 230 000 au lieu des 4,5 millions estimés par les ONG et agences humanitaires, un chiffre que les autorités congolaises n’avaient pas contesté jusqu’ici bien qu’en 2017 on parlait déjà de 4 millions de déplacés.

Non contentes de boycotter la conférence, les autorités congolaises avaient fait pression sur certains Etats pour être imitées, n’étant entendues que des Emirats arabes unis, qui viennent de décrocher un contrat pour le port de Banana. Et avaient même promis de ne pas autoriser le travail d’ONG qui accepteraient les dons de la Belgique, selon Jeune Afrique.

Cela n’a pas empêché le ministre congolais des Affaires étrangères, She Okitundu, durant le week-end, de réclamer que le gouvernement Tshibala soit « associé (…) pour actionner cette aide. Sinon nous allons tirer les conséquences ». « Il faudrait qu’on s’entende sur la manière d’utiliser cette manne ».

Le discours officiel tend à accréditer l’idée que c’est par nationalisme que Kinshasa réagit ainsi. On pourrait le croire si le régime avait l’habitude de se montrer nationaliste, ce qui est loin d’être le cas puisqu’il néglige les secteurs clefs de la Santé, de l’Education et de l’Agriculture année après année: ses élites n’ont-elles pas accès à des soins à l’étranger, des études pour leurs enfants dans les pays développés et n’achètent-elles pas largement des nourritures importées de pays qui, eux, favorisent leur secteur agricole mais qui sont inabordables pour l’immense majorité des Congolais?

Le nationalisme de l’équipe au pouvoir est – si possible! – encore moins crédible après que les autorités congolaises ont tenté de faire accroire que seuls 230.000 déplacés avaient besoin d’aide, ce qui a révulsé nombre de commentateurs, ONG et hommes d’Eglise congolais, en contact, eux, avec les réalités du pays qu’ignorent les Excellences du régime.

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