Comment un échange Kabila, Monsengwo et Olenghankoy a achevé Tshibala

Comment un échange Kabila, Monsengwo et Olenghankoy a achevé Tshibala

C‘est un épisode digne d’un polar. Nous sommes à Kinshasa, capitale mégapole de la République démocratique du Congo, durant la…

Comment un échange Kabila, Monsengwo et Olenghankoy a achevé Tshibala

C‘est un épisode digne d’un polar. Nous sommes à Kinshasa, capitale mégapole de la République démocratique du Congo, durant la semaine du 25 au 31 mars 2018. Pendant que l’opposant Moïse Katumbi agonise, étouffé par son morceau de passeport italien coincé dans la gorge, loin, derrière les caméras, se jouent les destins de plusieurs autres hommes politiques.  D’abord celui de Bruno Tshibala: Premier ministre congolais, qui doit étrangement faire face à une intervention médicale depuis Paris où il s’était rendu pour d’autres raisons. Mais le malheur arrive toujours avec ses cousins, dit-on. Il voit alors son avenir métisser celui de Félix Tshisekedi, fils de son ancien mentor, surgelé depuis plus d’un an à Bruxelles — une situation dont il n’est pas du tout immaculé.

A Kinshasa, le roi Salomon de circonstance, qui doit départager ces deux hommes, n’est autre que le miraculeux Joseph Olenghankoy. Un homme porté prodigieusement au juteux poste du CSNA —  d’où il prend gallons, au point de s’acheter une nouvelle GMC de couleur blanche qu’il n’hésite pas à venter —  et qui doit à présent trancher: entre les UDPS, une vieille et durable boutique léguée par Tshisekedi Etienne, le charismatique éternel leader de ce parti de l’opposition.

Le roi  Salomon et les UDPS

D’un côté, la famille du défunt, porté par le fils, digne héritier, j’ai nommé : Félix Tshisekedi. Il veut succéder à son père. Histoire d’accomplir une manœuvre initiée du temps du vivant même de ce dernier : confère la nomination de Jean-Marc Kabund. De l’autre, Bruno Tshibala, non content de n’avoir jamais rien eu durant ses 30 ans de Tshisekedisme, il rejoint Kabila, chipant le poste du Premier ministre au même Félix, mais également à l’autre aspirant, en embuscade: Valentin Mubake.

Il n’y aura jamais assez de lignes pour toutes sortes de détails. Retenons que Joseph Olenghankoy doit décider, la quelle des UDPS doit être « autorisée » à exister, dans ce pays fortement démocratique. Cependant, l’homme ne connaît pas d’indépendance: il est né en 1964! Il attend recevoir des instructions du « Chef », le président Joseph Kabila: à qui il voue soudainement un saint respect depuis sa nomination.

De l’Europe où il se trouve toujours, Bruno Tshibala est cependant conforté à son aise. D’autant plus qu’à Kinshasa, Tharcisse Loseke, qui chauffe le fauteuil de la présidence de son UDPS à lui, est contacté pour jouer les troubles fête à Félix Tshisekedi. Il lance alors une plainte contre Jean-Marc Kabund, l’autre chien méchant de Limete, qu’il accuse de « faux et usage de faux » . Le Secrétaire général de Limete est alors convoqué au Tribunal.

Félix Tshisekedi et toute la clique de l’UDPS/Limite arrivent à Matete le mercredi 28 mars. Ils ne font que semblant. Car en réalité, si jamais la justice, que l’on connaît ici très indépendante, donne raison à Loseke, c’est tout le rêve de succession qui partirait en fumée. Quand les juges décident de sursoir l’affaire pour délibération, il ne fallait pas être médecin pour prendre sa tension à Félix Tshisekedi. De son côté, Loseke est aux anges. Il accorde même une interview à POLITICO.CD où il appelle à la réunification des deux îles Tshisekedistes. Mais en réalité, c’était sans connaître Joseph Kabila: le maître des contre-pieds.

Allô Président: « Tshibala doit reposer en paix »

Le même 28 mars, c’est d’abord un coup de fil étrange qui sonne du côté du Président congolais. Au bout du fil, un vieil homme à la voix frêle. L’Archevêque de Kinshasa, le Cardinal Monsengwo —  si, nous sommes en politique —. De cette conversation dont on ne saura grand-chose, il aurait été « conseillé » au Président de « les laisser tenir leur Congrès ». Un accord aurait été trouvé. Lequel ? Ne me regardez pas!

Dans la foulée, un autre téléphone sonne, c’est celui d’Olenghankoy (qui se met debout), dit-on. C’est le Président quand même. Ça ne dure que 30 secondes. En clair, il est « Conseillé » à Olenghankoy de « décrisper Limete », en référence à l’UDPS de Félix Tshisekedi. Dès le lendemain, tout est mis marche. D’autant plus que, de l’autre côté, le fils de Tshisekedi se prépare à être intronisé dans ce qui aurait pu être un Congrès démocratique.

Le 29, Olenghankoy Joseph apporte le coup de grâce à Loseke Tharcisse et son mentor Tshibala Bruno. Un document est publié : « Le CNSA recommande au Vice-Premier ministre et Ministre de l’Intérieur de reconnaître l’UDPS/Tshisekedi au groupe de Mr Kabund, qui doit créer les conditions favorables à la réinsertion des autres groupes. A défaut de la réintégration, Mr Tshibala, Mr Mubake et Mr Mulumba doivent se choisir une autre dénomination », dit-il.

Et pour mieux fermer le sarcophage d’un Tshibala désormais momifié, à Matete, le Tribunal n’interdit même pas le Congrès très très démocratique de Limete, qui consacrera Félix Tshisekedi. L’épisode scelle ainsi la fin de l’idylle Kabila-Tshibala, alors que la nouvelle nymphe, Félix Tshisekedi, jeune et attirante, est sérieusement draguée.

 

LITSANI CHOUKRAN,
Le Fonde.

 

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