RDC : Sindika Dokolo ne renonce pas

RDC : Sindika Dokolo ne renonce pas

Par Pierre Boisselet
 @PierreBoisselet

Son mouvement citoyen Les Congolais debout n’a pas eu le succès escompté et son influence en Angola a faibli, mais Sindika Dokolo, le mari d’Isabel dos Santos, demande toujours le départ du président Kabila. La pression, insiste-t-il, doit venir de tous les côtés.

L’entretien avait eu lieu en janvier 2017, à Londres, dans un bureau aseptisé loué à la journée. Face aux journalistes de Jeune Afrique,Sindika Dokolo avait, pour la première fois, accepté de s’exprimer sur la situation politique en RD Congo, pays de feu son père, le grand entrepreneur kongo Augustin Dokolo Sanu. Il avait dit son admiration pour l’opposant Moïse Katumbi et critiqué le président Joseph Kabila, resté au pouvoir après l’expiration de son dernier mandat constitutionnel.

Malgré ses multiples précautions oratoires, de nombreux observateurs avaient interprété ses propos comme un avertissement de Luanda à l’égard de Kabila. Époux d’Isabel dos Santos, la femme la plus riche d’Afrique, Dokolo était, il est vrai, le gendre du président angolais, José Eduardo dos Santos.

La fin du règne des dos Santos à Luanda

Réelle ou fantasmée, son influence en Angola a d’ailleurs été l’un des moteurs du mouvement Les Congolais debout, lancé en août 2017 afin d’obtenir l’alternance à Kinshasa. Mais, depuis, l’étoile de sa belle-famille a singulièrement pâli à Luanda : son beau-père n’est plus au pouvoir, et son épouse a été évincée de la tête de la Sonangol, compagnie pétrolière publique, véritable coffre-fort de l’ÉtatPour autant, le discours de Dokolo n’a pas varié. Il s’est même radicalisé : « Les élections n’auront pas lieu le 23 décembre, j’en prends le pari, assure-t-il aujourd’hui à JA. Joseph Kabila n’organisera jamais un scrutin qui pourrait lui faire perdre le pouvoir. Il est illusoire de croire que l’on peut lui faire entendre raison. La seule solution, c’est de le contraindre à remettre son tablier. C’est ce qui est arrivé à Mobutu à bord de l’Outenica, à l’issue de la guerre. Pour Kabila, il faut faire en sorte que cet Outenica arrive par des voies politiques et diplomatiques. »

Pour cela, Sindika Dokolo ne voit qu’une seule solution : une pression conjuguée de l’intérieur et de l’extérieur du pays – y compris de la part des voisins. Le 8 avril, il a « saisi » le secrétaire général de l’ONU, António Guterres, dans une lettre qui a rapidement fuité. Et Luanda reste un allié, croit-il savoir. « Au-delà du président, le parti [Mouvement populaire de libération de l’Angola, MPLA] est resté au pouvoir, rappelle-t-il. Le problème, pour les pays voisins, c’est que la RD Congo est un chaudron qu’ils ont peur de voir déborder. Pour l’instant, le couvercle s’appelle Kabila, mais il y a des alternatives. La vision des Angolais est très claire : il faut qu’il y ait des élections le 23 décembre. Kabila sera surpris par leur intransigeance. »

Un ami nommé Katumbi

Proche d’Olivier Kamitatu, le porte-parole de l’opposant Moïse Katumbi, Dokolo rend toujours un hommage appuyé à l’ancien gouverneur du Katanga, contraint à l’exil. « C’est un ami, précise-t-il. Il est l’antidote à Kabila, le seul qui lui fasse véritablement peur. Mais Les Congolais debout est un mouvement politiquement divers. Nous soutenons Moïse Katumbi comme nous soutenons tous les Congolais dont les droits sont violés. »

Seuls, les hommes politiques congolais ne parviendront pas à lancer le changement, il en est convaincu. « Personne à Kinshasa n’ira prendre une balle pour un politicien, assure-t-il. Tous n’ont pas démérité, mais Kabila a réussi à décrédibiliser la classe politique dans son ensemble et à créer un vrai fossé entre eux et la population. »

Son espoir repose donc sur une mobilisation de la société civile. Depuis janvier, un nouvel acteur a prouvé son influence en organisant des marches très suivies : le Comité laïc de coordination (CLC), proche de la puissante Église catholique. Dokolo affirme que ses Congolais debout « travaillent beaucoup aux côtés de ce dernier à la préparation, à l’organisation et au soutien [des manifestations] ».

Hyperrépression et paranoïa

Sur le terrain, son mouvement lancé sur internet et depuis l’étranger – Dokolo vit entre Luanda et Londres – a produit peu d’effets tangibles, malgré 1,3 million d’inscrits revendiqués (un tiers appartiendrait à la diaspora). « Ce chiffre est très encourageant, se réjouit-il pourtant. Malgré la paranoïa entretenue par l’hyperrépression des services de renseignement et de sécurité, tous ces gens ont accepté de donner leur numéro de téléphone, leur e-mail et leur adresse. Ce n’est pas rien. »

Cela lui a, en tout cas, permis de constituer des cellules de professionnels, véritable originalité de son organisation. Les avocats membres (notamment Me Hervé Diakiese, son porte-parole) assurent ainsi gracieusement la défense d’Eliezer Ntambwe, animateur de la très populaire et engagée émission Tokomi Wapi ? (« où en sommes-nous ? », en lingala) : il a été arrêté le 2 avril pour « tentative d’extorsion » à la suite d’une plainte du gouverneur du Kasaï-Oriental, Ngoyi Kasanji, puis libéré la semaine suivante. « Dokolo soutient aussi discrètement, et parfois financièrement, les familles des activistes emprisonnés », assure un cadre du mouvement.

L’objectif, c’est de créer une culture citoyenne. En RD Congo, il y a un rapport à l’autorité qui ressemble à un atavisme

À plus long terme, le collectionneur d’art de 46 ans veut mener bataille sur le terrain culturel. « L’objectif, c’est de créer une culture citoyenne. En RD Congo, il y a un rapport à l’autorité qui ressemble à un atavisme. L’idée de la force du chef nous fait souvent oublier qu’il a aussi des obligations et des devoirs comme respecter la Constitution. » Ne serait-ce pas là l’embryon d’un projet politique qu’il pourrait porter en tant que candidat ? « Non. Pour cela, il faudrait déjà qu’il y ait de vraies élections. Et puis, si j’avais voulu me présenter, j’aurais créé un parti politique. Pas un mouvement citoyen. »

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