La ville de Bruxelles rend hommage au Congolais Patrice Lumumba en donnant son nom à une place

La ville de Bruxelles rend hommage au Congolais Patrice Lumumba en donnant son nom à une place

Le jeune premier ministre, qui avait défié les autorités belges dans un discours anticolonialiste devenu célèbre en 1960, fut assassiné six mois plus tard.

Le premier ministre congolais Patrice Lumumba à l'aéroport d'Idlewild, à New York, le 2 août 1960.

Le conseil municipal de Bruxelles-Ville s’est finalement rallié à une proposition débattue depuis des années : il a décidé, lundi 23 avril, de la création d’une place Patrice-Lumumba, du nom de l’éphémère premier ministre du Congo devenu indépendant en 1960, après la fin de la colonisation belge.

La place sera officiellement inaugurée le 30 juin, date du 58e anniversaire de l’actuelle République démocratique du Congo (RDC). « Les symboles sont de la plus haute importance », a indiqué le bourgmestre, Philippe Close. Et le lieu choisi est, lui aussi, hautement symbolique : il jouxte le quartier de Matonge, où vivent de nombreux Congolais, sympathisants ou non, du jeune dirigeant nationaliste des premières heures de l’indépendance.

Soupçonné de vouloir faire basculer son pays dans l’orbite soviétique et auteur, le 30 juin 1960, d’un fervent discours anticolonialiste vécu comme un affront par les autorités belges de l’époque, Patrice Lumumba a été assassiné le 17 janvier 1961, avec la complicité présumée de responsables belges.

Un mythe pour toute l’Afrique

Il a fallu quarante ans pour que la Belgique tente d’éclaircir officiellement son rôle dans cet assassinat. En 2001, une commission parlementaire avait conclu à la « responsabilité morale » de dirigeants belges dans l’exécution de M. Lumumba et de deux de ses ministres par des gendarmes katangais. Les députés concluaient aussi que la diplomatie belge avait menti à ses alliés en niant avoir eu connaissance des informations relatives à l’assassinat. Enfin, le texte mettait prudemment en cause feu le roi Baudouin, en désaccord avec la politique africaine de son gouvernement.

Les députés affirmaient cependant ne pas disposer d’indications formelles quant à l’implication de responsables belges ou des services de sécurité, pourtant fortement soupçonnés d’avoir couvert, voire organisé la mort du jeune dirigeant. Des conclusions qui ont semblé timides à beaucoup, en tout cas par rapport aux conclusions d’historiens qui soulignaient que des politiques et des industriels belges avaient tout fait pour éliminer un homme devenu un mythe pour toute l’Afrique.

M. Lumumba était notamment coupable, à leurs yeux, d’avoir évoqué, le jour de l’indépendance de son pays, « l’esclavage » imposé à son peuple. Mais aussi d’avoir menacé les intérêts économiques de Bruxelles, qui soutenait la sécession katangaise de Moïse Tshombe, susceptible de préserver une tête de pont pour l’ancien colonisateur.

Une statue de Patrice Lumumba à Kinshasa, en RDC.

En 2012, le parquet fédéral a annoncé l’ouverture d’une enquête officielle sur le rôle de la Belgique. La famille de Patrice Lumumba avait déposé une plainte en juin 2011 en s’appuyant sur la loi de compétence universelle, autorisant les poursuites en cas de crimes de guerre ou de crimes contre l’humanité commis hors du territoire. Les constitutions de partie civile visaient douze personnalités, hauts fonctionnaires, hommes politiques, militaires et policiers. La procédure s’est visiblement enlisée.

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