Le Gouverneur Berthold Ulungu pourra-t-il désamorcer les velléités d’une guerre civile que la milice de Lambert Mende sème au Sankuru ? – Timothée Tshaombo

Le Gouverneur Berthold Ulungu pourra-t-il désamorcer les velléités d’une guerre civile que la milice de Lambert Mende sème au Sankuru ? – Timothée Tshaombo

Le Gouverneur Berthold Ulungu pourra-t-il désamorcer les velléités d’une guerre civile que la milice de Lambert Mende sème au Sankuru ?

Par Timothée Tshaombo Shutsha

Ayant écourté un séjour de travail à Kinshasa, le Gouverneur de la province de Sankuru, Berthold Ulungu, s’est rendu à Lodja, la plus grande ville de cette province où les habitants du secteur des Olemba s’affrontaient avec ceux de Kondo-Tshumbe depuis le samedi 5 mai 2018. Il s’est alarmé de la circulation des armes dans le chef de la population civile.

Des rumeurs faisant état de l’assassinat d’un ressortissant du secteur de Kondo-Tshumbe ont ameuté les habitants du territoire de Lodja. Alors qu’il affirmait il y a quelques jours détenir des informations précises sur le lieu où aurait été inhumée la victime présumée, le gouverneur Ulungu se dit avoir été trompé par ses services. « Des gens bien informés m’ont rassuré qu’ils connaissaient l’endroit où on avait tué et enterré un ressortissant de Kondo Tshumbe. Mais quand je suis arrivé là-bas, ils ne m’ont pas indiqué ledit endroit. Pis, on ne connait même pas le nom de la personne qui aurait été assassinée », a-t-il déclaré. Le Gouverneur Ulungu pointe la libre circulation massive des armes à feu comme étant la principale menace à la sécurité de sa province et de ses. « La deuxième chose sur laquelle j’insiste concerne les armes que nous fabriquons ici : les calibres douze et les revolvers. La loi stipule que pour détenir une arme létale, il faut avoir l’autorisation préalable de l’Etat »[1].

Cette situation alarmante peut dégénérer en un conflit sanglant dans cette partie du pays en proie à des conflits tribaux, communautaires et sectoriels, souvent attisés par les politiciens ressortissants de cette province en période électorale ou de crise politique.

Dans cet article, nous allons tenter d’esquisser la genèse de ce conflit et le risque de son instrumentalisation politique dans un contexte de crise politique et électorale. Il s’agit d’éclairer un tant soit peu la tournure politique que pourrait prendre ce conflit communautaire non consommé et de retracer l’origine de la prolifération des armes au Sankuru. Nous tenterons par la suite d’identifier les auteurs, les acteurs de terrain ainsi que les parties prenantes de ce conflit latent, tout en établissant les responsabilités éventuelles des uns et des autres, mais également celles du régime de Joseph Kabila dont certains principaux animateurs sont les bénéficiaires politiques immédiats de ce qui se passe au cœur du Congo.

Tout part d’une fausse rumeur

Le 05 mai en cours, les médias en ligne dont alternance.cd titrait : « Alerte à la guerre civile au Sankuru : Les armes circulent comme des petits pains »[2].Alternance.cd ainsi que d’autres sources signalent des affrontements entre les populations du secteur de Kondo Tshumbe, secteur d’origine du ministre de la communication Lambert Mende et celle du secteur des Olemba, où est originaire le jeune leader de Lodja Alexis Luwundji. A l’origine, un présumé meurtre d’un originaire de Kondo Tshumbe, meurtre qui se serait commis à Olemba et qui a poussé les ressortissants de Kondo-Tshumbe, secteur du ministre Lambert Mende de venir venger le leur à Olemba. Après descente et enquêtes effectuées par le gouverneur de province et ses services sur le lieu du présumé crime et sur le lieu où serait inhumé la victime, il s’est avéré que tout était faux, car le nom, les restes et la famille de la victime n’étaient ni vus ni connus. C’était juste une provocation afin de justifier des actions en gestation dont nous tenterons de prévenir aussi bien nos lecteurs que les concernés.

Selon des témoins qui ont requis l’anonymat est que les armes à feu étaient visibles entre les mains des populations de deux cotés quand bien même elles ne s’en sont pas servies.

La prolifération des armes au Sankuru

Les armes de chasse

Les Sankurois n’ont pas la culture de recourir aux armes à feu en cas de conflit, encore qu’ils n’ont connu qu’un seul conflit de haute tension autour des années 1963. Les seules armes à feu qu’il y avait jusqu’il y a peu étaient des petits, moyens et gros calibres 12, des Baïkal à 1, 2 ou 5 coups et ainsi que d’autres de fabrication locale essentiellement destinées à la chasse. Ces types d’armes sont au Sankuru une sorte de patrimoine légué de père au fils qu’on n’utilise que pour la chasse. Sous le régime de Mobutu, la loi avait drastiquement régulé la détention et le port d’armes à feu au point que les chasseurs les étaient traqués et obligés de les cacher. En consultant l’histoire anthropologique du Sankuru, vous remarquerez que ces descendants de Mongo sont avant tout un peuple chasseur et qu’ils n’ont pas connus des graves crises jusqu’ici.

Les armes abandonnées par les ex-FAZ

La plupart des militaires ex-FAZ (Forces armées Zaïroises) qui fuyaient les éléments de l’AFDL de Laurent Désiré Kabila en 1996 sur la ligne front entre Kindu sont passés par le Sankuru. Beaucoup ont vendu à la population leurs armes avant de déserter au centre-ville de Lodja. D’où l’opération de désarmement et d’évacuation des militaires opérées par cette population avec l’aide logistique des hommes d’affaires dont Albert Mukoyi, Yodi Shembo, Teme Engondo, Yasson Zaïre, Entrekonga et Fodesa sous l’égide du tout nouvel évêque Nicolas Djomo, vers le port de Bena Dibélé afin de les acheminer à destination de Kinshasa. J’ai personnellement vécu ces événements. Les armes vendues en 1996 aux courageux civils de Lodja l’ont été en toute illégalité et elles ont été soigneusement dissimulées par leurs nouveaux acquéreurs jusqu’à ce jour.

Les armes des FAC et alliés

Laurent Désiré Kabila prend le pouvoir et doit faire immédiatement face contre ses anciens alliés rwandais regroupés sur le front du RCD-Goma. Ils se disputent le contrôle du centre du Congo, le Sankuru. La ville de Lodja avec son aéroport national stratégique est visée par tous. Les rwandais avancent inexorablement à partir de Kindu, ils sont déjà à Katoko à 150 km de Lodja. Joseph Kabila, alors chef EMG forces terrestres, commandait les opérations depuis la ville de Mbuji-May. Sur la ligne avancée du front au Sankuru se trouvaient le général Fataki et Olenga basés à Lodja. Ces derniers forment un mouvement d’auto-défense civile et leur distribuent des armes. Ceci n’arrête pas l’avancée du RCD dont les avant-gardes sont déjà omniprésents dans la ville de Lodja. Panique générale, l’armée régulière et leurs alliés décrochent sans désarmer les civils du mouvement d’auto-défense qui ont les armes de guerre et munitions entre leurs mains. Ces populations ne seront jamais désarmées depuis 2000 jusqu’à ce jour.

Les armes amenées par le RCD-Goma et son allié le Rwanda

Le RCD s’installe royalement au Sankuru jusqu’à Lubao en territoire de Kabinda l’actuelle Lomami. Mais les atrocités et exactions sur les populations civiles sont énormes. Naitra un mouvement Maïmaï sans lendemain dans quelques forêts de Djonga à Loméla et à Katako. Le gouvernement de transition s’installe. La réunification des territoires se fait. L’unité du commandement de l’armée et de l’administration se proclament. C’est ici que je conduis, au nom du ministre de transport Joseph Olengankoy dont j’étais le chargé de mission au Sankuru, un tout premier vol ramenant au terroir les chefs coutumiers qui ont fui leurs entités, les dépouilles des religieux, dignitaires et autres chefs coutumiers qui sont morts à Kinshasa pendant l’occupation rebelle.

Je reçois la recommandation du ministre de m’installer au Sankuru et de faire le suivi de l’application de l’accord global et inclusif dans le secteur de transport. Je suis nommé coordonnateur des aéroports au Sankuru. Entre-temps, j’installe une station radio : Radio Sankuru Liberté. Je mène donc des enquêtes parallèles avec ma double casquette de journaliste mais aussi celle de l’œil du gouvernement. J’avais accès à tous les sites aéroportuaires.

Les Enjeux électoraux

Parce que les élections de 2006 s’approchaient et qu’ils n’avaient visiblement pas un bilan moins encore un projet de société à présenter au peuple, les acteurs politiques du Sankuru vont recourir aux discours séparatistes et d’appels à la haine tribales. Des jeunes désœuvrés seront recrutés. Ils les organisent au sein des états-majors de leurs partis politiques. La tension monte à Lodja plus qu’ailleurs. La haine est perceptible au sein d’une population qui vivait paisiblement jusqu’il y a peu. D’une part des jeunes qui s’identifient clairement de la CCU convention des Congolais unis, parti cher au ministre Mende avec un discours de «  Lodja aux Lodjaciens » et d’autre part, les non originaires qui s’organisent autour de l’actuel député national Adolphe Onusumba alors ministre de la Défense, qui est lui, originaire de Katako-Kombe, mais qui se présente aux législatives à Lodja plutôt qu’à son Katoko-Kombe natal. Mende ne l’accepte pas et remonte les autochtones de Lodja dans un discours séparatiste. Les affrontements des partisans deviennent quasi permanents avec un fait nouveau : Présences des armes lors des manifestations des adeptes de Mende contre les non originaires. D’où ont-ils ces armes ? Et que fait le pouvoir public ?

La DEMIAP, Lambert Mende et son écurie Ngelo à Lodja

Contrairement au MLC, plusieurs unités de la rébellion du RCD-Goma n’ont pas vraiment subi le processus de désarmement des combattants prévu dans le cadre du programme de DDR[3] ni le brassage des troupes conformément à l’Accord global et inclusif signé à Pretoria de décembre 2002. Comme dans plusieurs territoires jadis sous leur contrôle dans l’Est du pays, le mouvement de l’actuel ministre de la Décentralisation, Azarias Ruberwa, avait dissimulé aussi bien des hommes, des armes que des minutions.

Arrive au Sankuru la Commission nationale de désarmement et de réinsertion (CONADER) des anciens combattants du processus DDR. La CONADER travaille avec le conseil de sécurité de chaque entité dans la campagne de démobilisation volontaire des anciens rebelles et miliciens. Les armes récoltées étaient supervisées par la 51ème brigade des FARDC à Lodja avant d’être détruites par le Magg, une structure technique de l’ONU chargée de détruire les armes, les minutions ainsi que les explosifs ramassés.

Jusqu’en 2005, la 51ème brigade des FARDC basée à Lodja était encore entièrement composée de soldats rebelles du RCD-Goma. Seuls le commandant brigade (le colonel Mahata) et l’officier de liaison de la DEMIAP (Détection des activités militaires anti patriel’ancienne appellation du service de renseignements militaires)le lieutenant Okitoun acteur clé dans ce conflit, étaient mutés de Kinshasa vers Lodja. Le lieutenant Okito fera désormais partie du comité local des opérations de démobilisations et récoltes d’armes. Il sera donc logiquement dans tous les sites de démobilisation, récolte jusqu’à la destruction des armes ramassées. Cette position lui donnait l’avantage d’être au contact des miliciens et/ou rebelles déjà dans leurs villages. Okito est actuellement élément de la police et « serait » toujours l’un des éléments de la garde rapprochée du ministre Mende, cercle qu’il a rejoint peu avant les élections de 2011. Comme sus-évoqué, c’est un ancien élément de la DEMIAP depuis les années 2004 jusqu’à son intégration au sein de la police afin de rejoindre le cercle sécuritaire du porte-parole du gouvernement.

Par mes sources au sein de la Démiap, j’apprendrai que c’est bien le ministre Mende, alors premier rapporteur au Sénat de transition qui a obtenu, par le canal de son ancien compagnon rebelle le colonel Molondo originaire de Kole et ancien officier de renseignement du RCD-Goma la nomination à la DEMIAP Lodja du lieutenant Okito comme officier de liaison. Pourquoi ? On le saura plus loin.

Qui est le lieutenant Okito ?

A la Démiap Lodja, Okito avait une dizaine d’éléments sous son commandement. Étant originaire de Kondo Tshumbe, le lieutenant Okito sera totalement au service du Sénateur Mende entre 2004 et 2008 et même plus tard. Je me suis chargé de le suivre avec mes autres sources au sein de FARDC à la 51ème brigade afin de savoir un peu plus sur cette étonnante proximité. Je discutais beaucoup avec Okito et enregistrais discrètement nos conversations, via mon dictaphone, au cours desquelles il me livrait ses intentions ou il vantait ses faits d’armes. Je note avec mes sources qu’il effectuait régulièrement des voyages seul vers Kondo-Tshumbe, voyages officiels sans réelles retombées en retour. Ses hommes ne comprenaient rien. Okito se retrouve proche de la jeunesse controversée de la CCU et souvent dans la suite du sénateur Mende dans les déplacements de ce dernier en séjour à Lodja. Entre-temps mon ministre quitte le gouvernement et mon champ d’activités se restreint. Je reste avec ma seule casquette de journaliste.

En 2006, je fais mon entrée au cabinet du chef de l’Etat comme agent AP (antenne privée) chargé de mission. Je ne suis plus journaliste mais mes nouvelles fonctions m’octroient des compétences et pouvoir élargis. Ici je vais suivre de façon parallèle les activités d’Okito, qui d’ailleurs sollicitera mon appui pour monter en grade. Je lui pose la question de savoir quel officier contacter pour cela… Il me mettra en contact avec le colonel Molondo sus-identifié. Je me suis rendu plusieurs fois en la résidence du colonel à UPN et c’est lors de nos échanges que je saurai comment Okito est arrivé à la tête de la DEMIAP à Lodja.

Revenons à Lodja où je découvre qu’Okito se sert de sa casquette de la demiap pour réaliser au fait le projet de son chef politique. Il va d’abord dissimuler quelques dizaines d’armes ramassées lors des opérations conader. Il va par la suite se charger de training de jeunes recrutés par Dr Jacob et qui in finé constitueront la milice écurie Ngélo (terroir ou autochtones), de la CCU. Ces jeunes opèrent la journée comme la nuit avec une extrême violence. Ils ont à leur actif plusieurs griefs dont les agressions physiques contre les paroisses, les prêtres et religieuses, meurtres commis au vu et au su de toute la population.

A Lodja ils attaquent et vandalisent tout sur leur passage tandis qu’ils incendient les maisons de leurs cibles la nuit en toute impunité sous sa protection, à cette époque, d’un certain Okito. Cette milice était et est entièrement financée par Mende via son jeune frère Justin Omokala (photo ci-dessous), actuellement fait chevalier de mérite de l’ordre national de Kabila-Lumumba et PDG de la société Umoja corporation Mining KMOF.

Poursuivant nos enquêtes, nous découvrons que le lieutenant Okito et sa milice passent des entraînements à la fabrication des petits et gros calibres à Esambi Djombo, Yeendo villages d’origine du ministre Mende, afin s’équiper. Villages où on déplore régulièrement des cas de violences avec morts d’hommes généralement liés aux troubles causés par les tous puissants jeunes frères du ministre Mende.

A Lodja l’affaire était connue de beaucoup mais personne ne pouvait oser en parler, ni moi-même, d’abord parce que ce groupe s’exprimait et s’exprime jusqu’à présent avec une rare violence et ce, la journée et en toute impunité.  Puis, bien qu’ils en parlent eux-mêmes pour faire peur aux gens et narguer en même temps le pouvoir public impuissant devant le tout puissant ministre Mende, le dénoncer était difficile faute de preuves palpables. Puis enfin, difficile à dénoncer parce que l’officier de la DEMIAP qui a ces genres de questions dans ses attributions est justement le coach de la milice. L’affaire risque de faire l’effet retour au risque de vous mettre au banc des accusés. Le drame est, comme je l’ai indiqué plus haut, mon ministre est chassé du gouvernement. Mais il faut donc dire ici que si Okito était la branche technique de la machine à tuer et à brûler de Mende à Lodja, l’infirmier abusivement appelé Dr Jacob Dimandja décédé il y a juste quelques mois était lui la branche politico-coutumière de la machine chargé du recrutement. Malgré le risque, j’ai entamé courageusement une campagne d’information aussi bien auprès du chef de l’Etat, du procureur général de la république, du gouvernement, des autorités provinciales que du comité international d’accompagnement de la transition le fameux CIAT. Aucun résultat, à l’exception de ma radio qui fut incendiée à deux reprises en 2006.

Face à cette situation de totale impunité due à la paralysie des institutions de l’Etat par le ministre Mende et sa bande à Lodja, ceux qui se sentent menacés et qui connaissent l’un ou l’autre artisan des armes, commandent à leur tour des petits ou grands calibres afin de se protéger et se défendre le moment venu. Voilà comment prolifère la circulation des armes à Lodja au risque d’embraser toute la province.

La Guerre de leadership au Sankuru peut basculer en conflit armé

La période électorale 2006

Au départ, le discours séparatiste et xénophobe inoculé méthodiquement par le ministre Mende et ses proches dont la toute puissante structure appelée la NORELO, (notabilité rénovée de Lodja mise en place en 2005) visait principalement les populations ainsi que les acteurs politiques non originaires de Lodja, notamment ceux de Katako et Lubefu, populations dans la ville de Lodja et dont les intentions de vote pourraient être estimées à environ deux-tiers de l’ensemble du suffrage qu’exprime le territoire de Lodja. Cela veut dire qu’un candidat non originaire de Lodja a sa base en pleine ville. D’où la guerre au départ entre Mende de Lodja et Adolph Onusumba de Katako mais ayant une forte base électorale essentiellement en pleine ville de Lodja. En 2006 il y a eu affrontement entre les deux camps occasionnant d’énormes pertes en biens et vies humaines dont le commerçant Gilbert, communément appelé Djoubé, tué égorgé à coups de couteau en plein marché en face de la police de Lodja.

La période électorale de 2011

Le processus électoral de 2011 a modifié les paramètres électoraux de 2006. D’abord parce que la circonscription électorale de Lodja passe de trois à quatre sièges. Ensuite les élus de 2006 n’ont pas été d’une grande utilité à leurs électeurs. Ils ont créé plus de conflits que des projets communautaires (cf le rapport du conseil provincial de sécurité du 09 au 11 avril 2010 rédigé par le gouverneur Alphonse Ngoyi Kasanji incriminant le Ministre Mende). A présent, ils doivent faire face à une nouvelle génération politique, jeune, pragmatique et plus crédible dans l’opinion. C’est le cas d’Alexis Luwundji Okitasombo ci-dessous en costume sombre.

Ce jeune commerçant de diamant, étudiant en droit de l’université de Lodja Unilod, transfuge de la CCU va se présenter sur la liste du MSDD du député Christophe Lutundula originaire de Katako-Kombe, parti membre de la MP à l’époque. La colère de Mende monte et il ouvre plusieurs fronts. D’abord contre son frère de Lodja, l’ambassadeur Jean Charles Okoto Lola Kombe du PPRD, le principal parti présidentiel ; ensuite contre Adolphe Onusumba et maintenant contre Christophe Lutundula, originaire de Katako-Kombe et dont le parti est également membre de la MP à l’époque, qui lui met en face le très populaire jeune Alexis qui finançait d’ailleurs le carburant à la société Régideso en vue de la fourniture en eau à la population de Lodja. Une fois de plus, les affrontements auront lieux avant pendant et après les élections avec d’énormes de pertes en biens. Alexis est dignement élu. Mais Mende met le paquet, joue sur son poids au gouvernement et ses alliés et obtient la scandaleuse invalidation du président des OETD (Organisation des enfants têtes dures) à la cour suprême de justice. Lodja est en ébullition de cette triste nouvelle, la tension monte.

Les élections annoncées pour décembre 2018

Ici encore Lodja offre six sièges à l’assemblée nationale. Comme en 2006 et 2011, les élus traditionnels n’ont pas été à la hauteur et constatent en même temps plus d’ambitions au sein de la jeunesse. Alexis Luwundji passe cinq ans de galère. Son commerce est par terre. Les violons ne s’accordent plus avec son président national le député Lutundula, Alexis Luwundji va conclure une alliance avec le gouverneur du Kasaï oriental Alphonse Ngoyi Kasanji qui lui donne des moyens qu’il faut aussi bien pour son commerce que pour son parti. Alexis Luwundji renait de ses cendres et rentre triomphalement à Lodja, accueilli par une foule immense venue de tous bords Les paramètres changent, les formules changent, les tensions remontent. Les coups bas se préparent.

Enjeux réels et acteurs

Il y a à Lodja une guerre qui participe d’une volonté de sortir de l’hégémonie du ministre Lambert Mende. D’un côté le PPRD qui se réapproprie toute l’admiration publique au détriment des cadres de la CCU qui y règnent depuis plus de dix ans. Cette guerre se voit déjà au sein des institutions provinciales où vous avez un gouverneur ccu et un président de l’assemblée provinciale pprd en conflit permanent, le pprd qui contrôle aussi le territoire de Lodja. De l’autre côté, il y a les rivalités entre les huit secteurs qui composent le territoire de Lodja. Beaucoup veulent se libérer du dictat de la politique du seul secteur de Kondo-Tshumbe de Mende. Des leaders d’autres secteurs veulent s’émanciper, dont Alexis Luwundji du Secteur des Olemba Ngandu. Dès lors, on constate le déplacement des lignes de bataille du traditionnel conflit Ekonda-Eswe vers une guerre interne à Lodja et qui se situe entre Kondo Tshumbé de Mende contre Olemba du jeune Alexis Luwundji. Enfin, le bilan plus que négatif de Lambert Mende ainsi que les méthodes violentes de sa milice ont radicalisé les gens de tous bords contre lui. L’émergence de petits partis comme celui de Ngoyi Kasanji rentre dans cette perspective, sans oublier les relents communautaristes Baluba, Basonge, Katako-Lubefu etc.,

Conclusion

Il faut conclure au regard de ce long tableau d’évènements les précisions ci-après :

1°) Le bilan plus que négatif de Lambert Mende ainsi que les méthodes violentes de sa milice qu’il a armée ont radicalisé les gens de tous bords contre lui ; sa politique basée sur le discours séparatiste a montré ses limites et retourne contre lui. Mais il attend mettre des gros moyens afin d’affirmer son leadership.

2°) Pour y parvenir, il poussera à la faute tous ses challengers, notamment le jeune Alexis Luwundji sur le terrain des affrontements armés. La violence armée entre son KondoTshumbe et Olemba de Luwundji est le terrain vers lequel il avance ses pillons afin de traduire en justice son jeune frère le moment venu et obtenir sa condamnation afin de le disqualifier de la course politique comme il a tenté avec Onusumba.

3°) Ceci pourra profiter aussi à celui qui a intérêt à ce qu’il n’ait pas d’élections cette année, à savoir Joseph Kabila qui multiplie des subterfuges afin de s’accrocher au pouvoir.

La question est celle de savoir si dans ces conditions, le gouverneur Berthold Ulungu pourra être capable de désamorcer les mines posées par son chef, le ministre Mende… !

Timothée Tshaombo Shutsha,

Journaliste, Analyste politique, spécialiste en communication politique.

Références

[1] http://alternance.cd/2018/05/08/alerte-a-la-guerre-civile-dans-le-sankuru-les-armes-circulent-comme-de-petits-pains/.

[2] http://alternance.cd/2018/05/08/alerte-a-la-guerre-civile-dans-le-sankuru-les-armes-circulent-comme-de-petits-pains/.

[3] Désarmement-Démobilisation-Réinsertion.