17 mai 1997, le Général Mahele est abattu! – Partie 3 : Leçons pour l’avenir de la RDC – JJ Wondo

17 mai 1997, le Général Mahele est abattu! – Partie 3 : Leçons pour l’avenir de la RDC – JJ Wondo

Par  DESC-Wondo.org Le  17 mai 2018

17 mai 1997, le «Tigre» Mahele est abattu ! – Partie 3

Par Jean-Jacques Wondo Omanyundu

Cet article initialement publié ele 24 mai 2013 est mis à jour le 17 mai 2018.

5. Qui était réellement Mahele dit le « Tigre » ?

Décrit par le journal Le Monde Diplomatique comme « un vétéran de toutes les guerres de la région’’, depuis Kolwezi, qu’il reprit aux côtés des Français en 1978 jusqu’à la guerre du Rwanda où il fut envoyé en première ligne contre le Front patriotique en 1990« .

Donatien Marc Mahele Lieko Bokungu est né à Kinshasa en 1941. Il est de la tribu Budja de la province de l’Equateur. Il a connu un parcours militaire d’officier atypique car n’ayant pas suivi un cursus classique de base d’officier. Ancien de l’École spéciale militaire de Saint-Cyr (France), il fait partie de cette minorité des officiers généraux des FAZ à ne pas avoir gravi les échelons parce que apparenté, ou ayant rendu service, à Mobutu. Ancien sous-officier du CIP, Centre d’instruction Parachutiste qui deviendra CETA (Centre d’Entrainement des Troupes Aéroportées), c’est sur le tas et le terrain militaire qu’il gravit ses galons. Tireur d’élite formé au contre-espionnage et au sabotage, il a suivi également une formation redoutable de commando plongeur et s’est également spécialisé au combat rapproché antichars, 311 B.T. parazaïrois… (Colonel Erulin, 2è régiment étranger de parachutistes, troupes aéroportée et de la Légion étrangère dans Historama, 1979).

Le général Donatien Mahele tirera le fameux surnom de « Tigre » pour s’être particulièrement distingué, avec les unités des paracommandos, lors des deux guerres du Shaba (Katanga). Notamment à Kolwezi, qu’il reprit aux côtés des Français en 1978 jusqu’à la guerre du Rwanda où il fut envoyé en première ligne contre le Front patriotique en 1990.

Sa bravoure, sa fermeté envers les militaires délinquants mais surtout son souci de considérer l’armée comme une institution républicaine soumise à l’autorité civile, sont les qualités que l’on peut garder en mémoire de cet officier zaïrois, hors pair. N’appartenant pas à la même ethnie, quoique originaire lui aussi de la province de l’Equateur, il était en inimitié avec les généraux Nzimbi, Bolozi et Baramoto, apparentés à président Mobutu, voire même son propre frère Budja et cousin Eluki Monga.qui a opté pour l’autre camp tribal.

Lorsque le 6 novembre 1986 Mobutu prit une ordonnance présidentielle instituant le Service d’actions et de renseignement militaire (SARM), nommant les membres de son Etat-major, c’est au colonel Mahele qu’il confiera le commandement de cette nouvelle unité d’élite. Il sera secondé au poste de chef d’Etat-major adjoint chargé de l’action par le Général Célestin Ilunga Shamanga[1] ainsi que par le Colonel Maduangele Ngbongolo, dernier attaché militaire du Zaïre de Mobutu en Belgique, comme chef d’Etat-major chargé de l’administration.

De g. à dr : Les feux généraux Mahele et Ilunga Shamanga alors respectivement Chef d’EM du SARM etAdjoint chargé de l’Action

Le colonel magistrat Bongambo Kasongo Wa Ebuta sera par la suite nommé par le général Mahele officier de renseignement (O.R.) aux frontières. La principale mission du SARM consistait en la réorganisation du renseignement militaire et la mise sur pied d’une force capable d’être projetée à l’intérieur comme à l’extérieur du territoire national aux fins de réduire toute velléité de nuisance à la paix nationale.

Une fois le recrutement de 30 officiers et sous-officiers instructeurs de cette nouvelle unité terminée, triés sur le volet  sur base des critères très rigoureux et rationnels devant barrer la route aux éléments illettrés et d’autres racailles qui remplissaient les rangs des FAZ. Le groupe devait passer ensuite un stage de deux mois au centre d’entrainement commando de Kotakoli, dans la province de l’Equateur.En même temps, un autre recrutement national d’un peu plus de quatre cents jeunes se fera. Ils seront envoyés à la base de Kitona pour y suivre une formation toutes armes d’une durée de six mois au terme de laquelle ils devaient  poursuivre une formation spécialisée afin de constituer de petits modules capables d’opérer de manière autonome. Pour ce faire, ils furent successivement soumis à l’entraînement parachutiste au centre d’entraînement des troupes aéroportées (CETA), puis à une formation commando complète à Kotakoli. Ce régiment prendra part avec grande satisfaction nationale et internationale aux exercices de manœuvres militaires « MBOTE 87 » et « MBOTE 88 » avec des forces armées amis de l’époque et les alliés américains de l’OTAN. Cette unité s’acquittera également avec satisfaction d’une opération anti-braconnage dans la région du Haut-Zaïre (Province Orientale) en fin 1987.

Promu à la tête du SARM, tel un observatoire ayant une vue panoramique des FAZ, le Colonel Mahele sera dégoutté par ce qu’il observe. L’armée est dirigée et dominée par des chefs irresponsables et des incompétents appartenant pour la majorité à la tribu du Chef de l’Etat. Scandaleusement choyés, ils ont particulièrement investi les deux unités les mieux soignées des FAZ: la DSP et la Garde Civile. Le scandale est d’autant plus flagrant que les officiers compétents et formés sont pendant ce temps, astreints à l’errance. Profondément déçu et désabusé, le Colonel Mahele n’aura pas le temps de tirer les conclusions de ses observations. Car, un cri de détresse en provenance du Rwanda l’obligera de se mettre, toutes affaires cessantes à la disposition du gouvernement de ce pays qui, devant faire face aux assauts répétés de sa rébellion organisée au sein du Front Patriotique Rwandais (FPR), a sollicité l’intervention du Maréchal Mobutu.

En effet, en 1990, l’Armée Patriotique Rwandaise (APR), une rébellion monoethnique tutsie, la branche armée du FPR commença ses assauts contre le régime de Kigali, au départ des frontières ougandaises. Il n’éprouva guère de difficultés à venir à bout des maigres troupes déployées par les Forces Armées Rwandaises (FAR), l’armée loyaliste, à prédominance Hutu et se dirigea droit vers la capitale Kigali. Le 4 octobre 1990, le FPR se trouvait à environ 70 Km de Kigali. La Belgique et la France décidèrent d’envoyer, le 4 octobre 1990, des militaires au Rwanda, dans le cadre d’une mission qualifiée d’humanitaire et ayant pour but

La campagne rwandaise de Mahele et ses troupes prendra officiellement fin lorsque, à Kinshasa, la Conférence Nationale Souveraine (CNS) qui se réunissait depuis quelques mois, avait exigé le retour au pays de tous les militaires en mission à l’étranger, sauf les stagiaires et les officiers en formation que nous étions à l’époque. Précisons qu’à cette même époque, à la suite des événements du Campus de Lubumbashi des 11 et 12 avril 1990, la Belgique avait rompu sa coopération technique militaire avec le Zaïre et rappelé tous les instructeurs belges de l’EFO-Kananga. Un retrait qui mit pratiquement à genoux cette école de prestige qui formait le gros des officiers zaïrois et certains officiers des pays dits ‘frères’ à l’époque : Rwanda, Burundi, Tchad, RCA, Togo.

Lorsque la guerre d’agression du Congo éclata en 1996, face à l’avancée des forces de l’AFDL, Mobutu se voit contraint l‘Elysée qui a mandaté Dominique De Villepin alors secrétaire général à la présidence française, de faire appel au Tigre Mahele que l’on considère comme le seul officier capable de contrer  l’avancée des troupes ‘‘rebelles’’ de Laurent Désiré Kabila, et de sauver le régime du dictateur. Mahele n’entre pas dans le jeu, il a en vue un changement pacifique de régime.

Le Gen Mahele haranguant les troupes en lingala en disant que « l’armée ezali ekunde te » (L’armée n’est pas une poubelle)

L’efficacité du SARM et la montée de la renommée de Mahele exacerbèrent la rancune de Nzimbi et Baramoto

Vu les succès et le prestige grandissants récoltés par le SARM à la suite de différentes actions auxquelles il a participé avec efficacité, étant de plus caserné à Kinshasa dans les installations de la Réserve opérationnelle de la Base logistique des FAZ, cette présence ne plut guère aux proches du président Mobutu. Ces derniers voyaient en cette unité d’élite, une nouvelle force capable de leur contester la suprématie opérationnelle dans la ville de Kinshasa. La crainte d’un coup d’état perpétré par d’autres éléments des forces armées a toujours guidé les décisions des conseillers familiaux et tribaux du président Mobutu, écrira à cet effet, le général Ilunga Shamanga. C’est dans ce contexte, dit-il, « qu’il faut comprendre la mise en place de destruction, d’affaiblissement de toutes les belles unités créées dans nos forces armées et entraînées notamment par les Belges (21ème Brigade d’infanterie), les Chinois (41ème Brigade Commando), les français (31ème Brigade parachutiste) ». Pour les paranoïaques et autres opportunistes civils et militaires de haut rang ethniquement proches du maréchal Mobutu, aucune unité des forces armées ne pouvait avoir une capacité opérationnelle supérieure à la DSP et la GACI.

Pour les paranoïaques et autres opportunistes civils et militaires de haut rang ethniquement proches du président Mobutu, aucune unité des forces armées ne pouvait avoir une capacité opérationnelle supérieure à la DSP et la GACI, par la suite. Tout était mis en place pour humilier les bons cadres et promouvoir les frères et les courtisans. Petit à petit, le président de la République cédait son rôle de commandant suprême des forces armées pour devenir, sans s’en rendre compte peut-être, le chef de quelques bandes armées fortement tribalisées et n’avaient pour toute capacité opérationnelle que le fait d’appartenir majoritairement à une même tribu.

Tout doucement, le Général Nzimbi Ngbale, le tout-puissant commandant de la DSP, dont le seul mérite était d’être le cousin germain du président Mobutu, lui attribuait une supériorité de fait sur toutes les structures des forces armées. Il trônait sans vergogne à la tête  d’une caste de généraux tribaux et affairistes qui ne se privaient plus de tirer profit de ce coup d’état de fait qu’ils ont réalisé au sommet de l’Etat. En effet, durant les années échaudées (1990) de la Conférence Nationale et Souveraine, avec son lot de journées ville morte et de contestations politiques à Kinshasa – une capitale acquise, comme encore aujourd’hui, à la cause du « Sphinx de Limete » Etienne Tshisekedi – le maréchal Mobutu, faussement et insidieusement conseillé par Nzimbi et Baramoto, sera éloigné de Kinshasa pour être reclus à Gbadolite, son fief natal dans la région de l’Equateur où il se surnommera à son tour « L’Aigle de Kawele[2] ». Les deux compères l’ayant convaincu qu’ils assureraient sans faille la garde de la maison Zaïre pour son compte, à partir de la Capitale. Ainsi, dans son exil tropical folklorique doré, verdoyant et insolite à Gbadolite, le Chef de l’Etat ne percevait plus les événements de Kinshasa qu’à travers le prisme – ô combien désinformant et déformé – des rapports falsifiés de Nzimbi et de Baramoto auxquels il vouait une totale confiance aveugle. Les cadres militaires et civils qui étaient nommés à des postes ou à des grades élevés savaient qu’ils étaient redevables et comptables en premier lieu aux nouveaux maîtres du jeu et du dispositif du pouvoir dans le pays qu’au président de la République.

A ce duo, viendront s’ajouter l’Amiral Mavua, promu administrateur directeur général du Service National d’intelligence et de Protection (SNIP) avant de revenir au poste du ministre de la Défense ; et le Général Eluki monga, redevenu Chef d’état-major général des FAZ. Ce dernier, diplômé de l’ERM belge, préférera plutôt, à l’instar du Général Didier Etumba actuellement, mettre de côté tout le bagage académique, éthique et militaire appris en Belgique, pour s’accommoder de la gouvernance militaire maffieuse et féodale instituée par Baramoto et Nzimbi. Deux généraux ‘Mazarin’ et ‘Richelieu’ à qui Eluki et Mavua doivent leur promotion au sein de ce que Eluki appela le « commandement collégial » aux fins d’y noyer sa responsabilité fonctionnelle individuelle de Chef d’état-major général à la tête des FAZ. (In Les Armées au Congo-Kinshasa).

Un groupement d’intervention est formé à partir des unités du dispositif Epervier au Tchad et des Eléments Français d’Assistance Opérationnelle (EFAO) en RCA. Les 1ère et 3ème compagnies de la 2ème Légion Etrangère Interarmes (REI) ont reçu la mission de contrôler le centre administratif de Kinshasa, d’assurer la sécurité de l’ambassade de France et de regrouper les ressortissants français belges, américains, pakistanais, libanais et indiens. La 3ème compagnie sera chargée de récupérer quelques coopérants et missionnaires de l’ordre de Malte qui durent quitter leur mission de Bangabula. Ils parviendront à l’évacuation de 8000 expatriés. En novembre 1991, les troupes françaises se retirent) en coopération avec l’armée belge qui mettra en place l’«Opération  Blue Beam » (Rayon Bleu).

Il n’y a pas meilleure illustration de la trilogie: intraversion-perversion-subversion d’une armée de l’époque contemporaine que les les événements de deux pillages. Il y a lieu de noter par ailleurs que par ces actes de mutinerie, l’ambassadeur de France au Zaïre, M. Philippe Bernard, a été atteint d’une balle mortelle à la fenêtre de son bureau de l’ambassade à Kinshasa, le jeudi 28 janvier 1993. Du côté des FAZ, pendant que la pléthore des généraux tribaux qui constituaient la majorité de la haute hiérarchie des FAZ se terraient comme des lapins dans leurs bunkers, incapables de défendre leur «frère-président» à qui ils étaient doublement liés par le sang : tribal et mystico-ésotérique; seuls les généraux Mahele et Mukobo, avec quelques éléments de la DSP et du SARM, auront le courage et l’habilité d’affronter et de mâter la  horde des mutins enragés qui se sont livrés aux pillages en 1991 et 1993. Ils parviendront à obtenir le retour au calme des mutins et leur encasernement. Tout cela, pendant que les généraux «ngbandis» de la DSP et de la GACI brilleront par leur absence sur le théâtre des opérations; tout en continuant d’exceller dans leur œuvre machiavélique destructive préférée de l’armée : le terrorisme d’Etat, l’oppression des populations civiles et des opposants (Phénomène hiboux), les détournements des fonds et des équipements destinés aux FAZ, l’affairisme, le népotisme et le tribalisme ; intravertissant et pervertissant davantage les FAZ. (Les Armées au Congo-Kinshsasa).

Les généraux Mahele (au centre gauche) et Likulia (à sa droite) en 1997, respectivement Chef d’état-major général des FAZ et Premier ministre, ministre de la Défense

6. Epilogue: Quels constats et leçons pour le présent et l’avenir de l’armée au Congo?

Pour conclure, dans un registre purement militaire, l’épisode du «Feuilleton FAZ» se terminera à la mesure et à l’image kafkaïenne des scènes de cruauté et de surréalisme politico-militaire qui ont émaillé et marqué de leurs empreintes le parcours de cette armée atypique du 20ème siècle : trahisons, complots, intrigues, règlements de comptes, cabales, luttes de pouvoir et d’influence, assassinats… comme l’illustre l’affaire Mahele.

Une des leçons que l’on peut tirer de cette affaire est que depuis la disparition du Tigre Mahele et l’avènement des régimes Kabila père et fils, très peu de militaires congolais se sont vaillamment illustrés positivement sur le plan de la combativité et de la sagacité lors des batailles militaires. La RD Congo est transformée en une jungle livrée aux milices et prédateurs de pires espèces. Le général-major Joseph Kabila, dit le commandant suprême des armées, lui-même lors de l’agression rwandaise du M23 entre mai 2012 et novembre 2013, ne s’est jamais manifesté physiquement sur le front de l’Est, contrairement à la photo de Mobutu recevant le briefing de Mahele, pour requinquer ses troupes. Et pourtant c’est le chef qui doit donner l’exemple car il n’y a pas de mauvaises troupes, dit-on !

Les rares officiers qui se sont distingués dans les combats depuis 1996 furent le feu généraux Ekumu Mbanze dit Mbuza Mabe en 2004 contre les hommes des Tutsi Mutebusi et Obedi  ainsi que le feu général Lucien Bahuma Ambamba et le feu colonel Mamadou Ndala lors de la guerre contre la rébellion rwandaise du M23. L’opinion connait le triste sort qui a été réservé aux trois braves militaires dont le régime de Kabila ne prend aucune peine de célébrer la bravoure. L’opinion se souvient encore de  Mbuza Mabe, surnommé « l’Homme de Bukavu » à l’instar de son aîné général Mulumba Nyunyi appelé le « Héros de Bukavu » quarante ans plus tôt dont on peut trouver certains détails de leurs faits d’armes dans notre ouvrage « Les armées au Congo Kinshasa ».

Avec la chute de Mobutu et la défaite des FAZE, ce que l’on peut retenir est que la véritable victoire de Paul Kagame et alliés sur les Congolais, les Kabila aidant, n’est pas d’avoir défait les FAZ, mais bien d’avoir mis en place un dispositif sécuritaire – cinquième colonne – savamment bien orchestré et dominé par des éléments armés d’origine tutsie visant à contrôler la RDC en neutralisanttoute valeur sûre au sein des FARDC et des services de sécurité. Il n’est dès lors pas étonnant de constater qu’aujourd’hui, la grande majorité des personnes qui détiennent un pouvoir ou une influence dans le secteur de la défense ou sécurité ont soit un(e) ascendant(e) Tutsi ou Hima ou sont alliés à l’ethnie Tutsi : Joseph Kabila, Damas Kabulo (Secrétaire général de la Défense), Didier Kazadi Nyembwe (de père tutsi burundais), Dieudonné Amuli Bahingwa (Commissaire général de la Police nationale congolaise) de l’ethnie Hema,  plusieurs commandants adjoints des régions militaires chargés des renseignements et des opéraions (Masunzu, Obedi…). C’est par ce subtil stratagème d’introduire dans le dispositif sécuritaire congolais des personnes ayant des attaches avec les Tutsi du Rwanda afin de les instrumentaliser que le boa – oligarchie tutsie rwandaise – au pouvoir à Kigali parvient à étrangler les FARDC et à les déstructurer .

Une « dé-FAZ-ation » du fonctionnement des FARDC s’impose aujourd’hui plus qu’hier. Sinon, la RDC court le grand risque de liquider son avenir de la même manière que l’on a sacrifié son passé.

Enfin, l’évolution actuelle de la crise électorale en RDC avzec le blocage du jeu démocratique par Joseph Kabila, à l’instar de Mobutu entre 1990 et 1996, risque de pousser ses adversaires de recourir à des moyens militaires comme en 1996. Il s’agit simplement de la pure application du principe de Von Clausewitz selon lequel la guerre est « une simple continuation de la politique par d’autres moyens… une poursuite des transactions politiques, une réalisation de celles-ci par d’autres moyens ».

Il y a donc un risque potentiel que les collaborateurs militaires et sécuritaires de Joseph Kabila, lui manifestant plutôt une loyauté opportuniste et d’intérêt, se retournent contre lui pour préserver leurs rentes. Ainsi, leur loyauté envers le président Kabila reste assez fragile. Plusieurs chefs militaires, une fois que Kabila sera de plus en plus mis sous pressions populaire, politique et diplomatique croissantes, voudront probablement préférer le lâcher pour protéger leurs rentes. L’aventurisme politique d’un chef d’État ou d’un chef militaire pourrait devenu pour ces militaires notabilisés à la fois un risque économique pour leurs affaires et un péril leur carrière politico-militaire.

On note enfin que plusieurs cadres actuels des FARDC ont évolué dans les FAZ sous Mobutu et l’avaient déjà trahi en 1997. D’autres, proches de Laurent-Désiré Kabila, étaient au courant et/ou ont même participé activement ou passivement à son assassinat en janvier 2001[3].  Il n’y a jamais deux sans trois, dit-on. Enfin, l’analyse transversale des coups d’état en Afrique démontre qu’ils sont généralement le fait des forces de sécurité proches du président, malgré que celui-ci soit protégé par des troupes qui leur sont très proches sur le plan ethnique[4]. Les prochains mois seront édifiants

Jean-Jacques Wondo Omanyundu / Ecxlusivité DESC

Références

[1]Le général ILUNGA Shamanga était le dernier ministre de l’Intérieur et de la Sécurité de Mobutu dans le gouvernement du général Likulia en 1997 lors de la prise de Kinshasa par l’AFDL. Il est né à Likasi (Katanga), le 4 février 1954 et décédé à Pretoria le 15 juin 2000. Admis en 1970  à la fameuse Ecole Spéciale Militaire française de Saint-Cyr, situé à Coëtquidan en Bretagne, il finira son cycle de formation d’officier à Saint-Cyr à l’école d’application du génie à Angers en 1973. Il rentre au pays la même année et sera affecté en qualité d’instructeur à l’école du génie des FAZ à Likasi, sa ville natale et y assumera de 1973 à 1976, le poste de commandant en second. De 1976 à 1985, il sera officier de sécurité au bataillon de sécurité de la brigade spéciale présidentielle; puis commandant de la brigade de sécurité et honneur et du régiment d’artillerie de la division spéciale présidentielle. Il bénéficiera à cet effet d’un stage de formation en Israël, aux côtés du Général Nzimbi. De 1986 à 1990, chef d’Etat-major adjoint chargé de l’action au sein du  au service d’actions et renseignement militaire (SARM). Durant la chaude période de la Conférence nationale et Souveraine, en 1990, il sera nommé commandant de la huitième région militaire de la place de Kinshasa. De 1990 à 1993, chef de la maison militaire du Président Mobutu, puis chef de l’état major particulier du président. Il mourut C’est dans la foulée des Accords de Lusaka en 1999 qu’il intégra le RCD- Goma où il fut responsable du Comité Exécutif du RCD en charge des Opérations militaires depuis Goma. Il mourut subitement le 15 juin 2000 après avoir été évacué d’urgence à Pretoria après une réunion d’Etat-major du RCD à Goma convoqué par les officiels militaires Tutsi rwandais.

[2]Kawele est le nom de la résidence qu’occupait Mobutu dans un village situé à Gbadolite, au cœur de la forêt équatoriale.

[3] Colette Braeckman, Les nouveaux prédateurs, Editions Aden, 2e éd. 2009, Bruxelles, 394 pages.

[4] http://desc-wondo.org/fr/geopolitique-regionale-katumbi-beneficierait-il-des-soutiens-zambien-et-angolais-jj-wondo/#sthash.05AQiAXd.dpuf.