RDC : Gouverner sans légitimité est un danger sans nom – Fweley Diangitukwa

RDC : Gouverner sans légitimité est un danger sans nom – Fweley Diangitukwa

RDC : Gouverner sans légitimité est un danger sans nom

Par Fweley Diangitukwa

Libre opinion publiée initialement le 14 mai 2018 sur www.fweley.wordpress.com.
Dans une République où tout est devenu illégal, les citoyens normaux et moraux ne participent pas aux élections organisées par des autorités illégitimes et hors mandat. Ceux qui choisissent de le faire deviennent eux-mêmes illégitimes.

La République à démocratiser du Congo (ou RDC en sigle) est devenue un pays sans loi et sans voix, où n’importe qui se permet tout sans que les institutions de l’Etat ne se lèvent pour crier haro sur le baudet et rappeler le fautif à l’ordre. Depuis janvier 2015, aucune autorité (du bourgmestre au chef de l’Etat) ne jouit de la légitimité ni de la légalité. Tous les dirigeants sont hors mandat mais tout se passe comme si les Congolais vivaient dans un Etat normal. Les gouvernants roulent publiquement carrosse et perçoivent normalement leur émolument comme s’ils travaillaient dans une République normale où tout fonctionnait démocratiquement. En RDC, l’anormal est devenu normal. Les députés nationaux et les sénateurs, tous hors mandat, sont appelés Honorables[1] ; les ministres, tous hors mandat, sont des Excellences accueillis avec respect. Le protocole d’Etat déroule le tapis rouge devant le chef d’Etat, aussi hors mandat, qui vient poser la pierre d’un nouvel aéroport pour remplacer celui qui est vieux comme le port. C’est la deuxième fois qu’il pose, sans gêne, le même geste en l’espace de quelques années. Bientôt, il accomplira le même acte pour inaugurer les WC pimpants neufs qui y seront construits à coût de millions de dollars, parce que les WC qui existent actuellement puent les crottes diarrhéiques de chiens enragés. Dans ce pays à démocratiser, toute action publique, si minime soit-elle, coûte toujours des millions. Sans blague !

Ce sont encore les mêmes autorités hors mandat qui se préparent à organiser des élections pour installer de nouvelles autorités qui seront semblables aux précédentes parce qu’elles n’auront pas la légitimité nécessaire du peuple qui fait naître la reconnaissance populaire donnant naissance à la conformité et à la légalité. Tout cela ne fait pas sérieux. Et il y a parmi les Congolais ceux qui acceptent d’accompagner publiquement le pouvoir illégal et illégitime dans sa folie de grandeur, car ces Congolais-là, qui sont nos compatriotes, reconnaissons-le, croient, qu’avec une sorte de baguette magique, la légitimité et la légalité leur tomberont dessus, comme par enchantement, parce que venues du ciel. On croit rêver !

Mais, chers compatriotes, tout ceci relève de la réalité dans notre République à démocratiser du Congo (RDC en sigle) et cela se passe devant nous, sous nos yeux. Des chefs de partis qui ont pignon sur rue, s’il vous plaît, se font accompagner en escorte et avec des acclamations publiques pour se faire enrôler auprès de la CENI afin de participer aux élections que des autorités illégitimes et illégales organiseront – peut-être (ou nanga en kikôngo) – à coût de milliards le 23 décembre 2018 ou peut-être (nanga) en décembre 2019. Depuis 2016, assis derrière sa machine à voler les voix des électeurs, Corneille Nangaa, devenu Monsieur « peut-être en décembre » tergiverse. Admettons-le, la date des élections est un sujet problématique voire polémique.

Tout est tellement incertain qu’on ne sait plus sur quoi fonder la confiance ni l’espoir, parce que l’attente a dépassé les bornes depuis longtemps. Oui c’est depuis décembre 2016 que ça dure. Quelqu’un qui viendrait d’une autre planète se demanderait avec raison si la République à démocratiser du Congo ne serait pas habitée par des gens cinglés ! N’allons pas loin. Après son séjour en RDC, un Suédois me demandait il y a quelques jours s’il y a au Congo des femmes et des hommes qui ont étudié le droit et qui savent lire le droit dans un texte appelé Constitution ? Je lui ai répondu sans humour qu’au Congo, nos compatriotes lisent la Constitution à l’envers, c’est pourquoi ils ne trouvent jamais l’article 220 et, qu’à l’université, les professeurs de droit qui travaillent pour le statu quo étatique enseignent maladroitement le droit qu’ils ont droitement étudié. Ceci revient à dire qu’ils n’enseignent pas le droit mais quelque chose d’approchant qui leur convient, c’est-à-dire ce qui n’est pas vraiment droit mais qui plaît aux dirigeants maladroits.

Il suffit de lire ou d’écouter Kien Kiey Mulumba, Mugaruku, Evariste Boshab, ou d’autres sans chaire, comme Lambert Mende qui ment comme il respire, Mme Claudia Girl qui, heureusement, n’enseigne pas le droit. Si et si, Mme Claudia Girl se dit Congolaise de père et de mère. Non, ce n’est pas une dame mais un monsieur, me rappelle-t-on. Ah bon ! C’est un Monsieur qui s’appelle « Claudia Girl » ! Dans cette République à démocratiser où l’on devient président à 30 ans avec à peine quatre ans de vie dans le pays et qui ne parle une aucune langue nationale avec un accent du pays, tout est possible. Claudia Girl est un homme et il est Congolais. Bon sang ! Ça alors ! En fait, les professeurs d’université qui défendent le pouvoir illégitime ont écrit de nouveaux livres qui leur servent de référence et leur donnent le droit d’être droits dans leurs chaussures pendant le cours mais leur droiture momentanée n’est pas celle qu’on trouve dans le livre de droit constitutionnel. En effet, dans un pays où règne l’inanition de la nation, tout devient maladroit. Le mot est lâché. Pardieu oui ! Il est temps de briser le cocon, de casser la noix (ndika).

Il n’y a qu’une voie qui permet d’organiser des élections saines et crédibles : soit on organise un procès contre ceux qui ont dirigé le pays depuis 2006 pour savoir s’ils ont exercé le pouvoir conformément à la loi constitutionnelle et aux lois ordinaires ; soit, en cas de refus, on les empêche de présenter leurs candidatures aux prochaines élections de décembre. Si l’un de ces préalables n’est pas rempli, ces élections ne serviront qu’à raccompagner les gouvernants actuels au pouvoir et rien n’aura changé, comme en 2006 et en 2011. L’a-t-on définitivement compris ?

Attention ! Demain, quand le vent passera, quand la hauteur des vagues baissera, quand les reflux repartiront et la mer agitée redeviendra calme, les Congolais qui ont tout observé pendant toutes ces années de turbulences étatiques s’élèveront et marcheront avec fermeté, tenant dans leurs mains des formes de bibles qui seront en réalité des livres de droit constitutionnel. Ils rappelleront alors ce qui y est écrit depuis Sun City. Ils liront à haute voix le préambule et ce que dit l’article 220 de cette Constitution qui n’a jamais été rappelé par les autorités hors mandat ni par les laudateurs du régime dont nous refusons prestement de citer les noms.

C’est alors que les citoyens congolais, dans leur ensemble, mettront fin au théâtre en cours. Ils rappelleront aux diablotins d’en face qui acceptent d’accompagner le metteur en scène de ce théâtre tragicomique – que leur temps est bien fini. Alors, dans un silence implacable, le peuple se lèvera et fermera la grande porte à double clé. Alors, le Congo tournera la page en montant dans le véhicule national conduit cette fois par un Congolais de souche qui a obtenu son permis en bonne et due forme, dans une école publique, sans corrompre les membres du jury. C’est à ce moment et à ce moment seulement que ceux qui acceptent publiquement d’accompagner les dirigeants charognards et illégitimes dans leur manœuvre dilatoire d’organiser les élections en décembre 2018 se rendront compte que ce qu’ils font là n’est ni légitime ni légal. Cela ressemble à peu près à la dînette (liyoto) des enfants.

Parce que la société congolaise n’est pas destinée à disparaître, tôt ou tard il faut qu’elle triomphe, c’est-à-dire que le pouvoir reviendra à des femmes et des hommes dignes et respectables après avoir appartenu à des personnes fourbes, fausses, ignobles, antisociales. Le pouvoir passera aux dignes fils du pays qui prouveront qu’ils le méritent et qu’ils sont à la hauteur. Ils l’exerceront dans l’intérêt du peuple de qui ils se seront fait accepter par des élections légales.

Toutes les nations qui sont devenues des puissances ont traversé des moments de trouble et d’humiliation publique. L’Angleterre était une colonie romaine ; les Etats-Unis étaient à l’origine treize colonies britanniques dominées par la Reine d’Angleterre ; l’Allemagne, composée de principautés sans armée dissuasive, était un pays vassal et dominé par la France sous Napoléon qui traversait ses territoires sans rien payer pour aller conquérir la Russie lointaine ; le Japon a été publiquement humilié : deux bombes ont été larguées sur Hiroshima et Nagasaki par les Américains pour précipiter la fin de la Seconde Guerre mondiale. Tous ces pays se sont relevés et sont devenus des grandes puissances qui inspirent respect sur la scène internationale. Oui, le Congo notre beau pays se réveillera et se lèvera. Il surprendra le monde entier. Tous ceux qui l’ont humilié, étrangers et nationaux cupides, paieront. C’est une question de temps. Congolais de souche, ne baissez pas les bras. Restez debout, dignes et fiers.

Mais avant que ce temps n’arrive, rappelons tout de même à ceux qui ont été à l’école et qui ont conservé le goût de la lecture, ce que d’autres avant nous ont écrit. Prétendre diriger une République exige beaucoup de sérieux, n’est-ce pas ? L’un des penseurs britanniques, John Locke (1632-1704) pour le citer, nous a laissé le texte magnifique ci-dessous (nous ne reprenons qu’un extrait) que seuls les intellectuels qui ont le sens de la morale et de la hauteur, aussi de l’éthique de conviction doublée d’une éthique de responsabilité (Max Weber) sont autorités à lire, car ils vont retrouver les valeurs qu’ils défendent. Les autres dont les yeux grossissent de plus en plus chaque jour pour trouver de quoi nourrir leur panse et assouvir leurs bas instincts n’ont droit qu’à notre pitié. Ce sont des égarés que la République enverra demain aux oubliettes. Quand notre République deviendra démocratique, le peuple n’aura pas besoin de ces bidules.

Chers compatriotes, lisons cet extrait de John Locke : « Il est probable qu’on posera ici la question habituelle : Qui sera juge du fait que le prince ou le législatif agissent en contradiction avec leur mission. […] Voici ma réponse : c’est le peuple qui sera juge. À qui appartient-il en effet de juger si le mandataire ou le député agit honnêtement et en conformité avec la mission qui lui a été confiée, sinon à celui qui l’a mandaté et qui, du fait même qu’il l’a mandaté, a toujours le pouvoir de le démettre lorsqu’il faillit à sa mission ? » [in John Locke, Le second traité du gouvernement, § 240 (texte original 1690)].

J’invite les Congolais de souche dans leur ensemble de rehausser le prestige de notre nation en mettant définitivement fin à ce conglomérat des aventuriers qui gouverne notre République dans toute illégalité, sans la légitimité du peuple et dont leur seul but est de s’enrichir illicitement en pillant nos ressources et nos deniers publics avec la complicité de leurs commanditaires tapis dans l’ombre. Sachons que ceux qui apparaissent les plus remuants sur la scène congolaise ne sont pas en réalité ceux qui mènent le jeu. Ils sont au service d’autres enjeux plus complexes.

Préparez-vous et soyez prêts pour demain.

Fweley Diangitukwa

Fweley Diangitukwa, docteur en Sciences Économiques et Sociales de l’Université de Genève, mention Science Politique, a enseigné au département de Science Politique de l’Université de Genève, à Schiller International University à Leysin (Suisse). Il est également professeur des Universités à l’Université Omar Bongo de Libreville (Département de Science Po) et à l’Université panafricaine de Yaoundé II- Soa où il enseigne la méthodologie de la recherche. Il a été professeur de Science Politique et ancien Directeur de l’École doctorale de Swiss UMEF University à Genève. Initiateur de Muanda Business School (MBS), il est l’auteur de plusieurs publications et de plusieurs articles scientifiques.
Il est l’auteur de plusieurs publications (et des articles scientifiques) qui l’ont fait connaître, entre autres : Qu’est-ce que le pouvoir ?; Gouvernance, action publique et démocratie participative ; Géopolitique, intégration régionale et mondialisation ; La thèse du complot contre l’Afrique. Pourquoi l’Afrique ne se développe pas ; Le rôle du leader dans l’organisation ; L’Afrique doit renaître ; Quand les Africains se réveilleront, le monde changera ; Les grandes puissances et le pétrole africain
Il vient de publier un essai très important « Terrorisme et guerres occidentales dans le monde« , grand format, 424 pages. Éditions Monde Nouveau/Afrique Nouvelle ; Numéro ISBN : 978-2-9701040-3-2 – Prix : 40 € euros

 Pour commander ses publications:

afriquenouvelle@bluewin.ch

f.diangitukwa@bluewin.ch

Référence

[1] En politique, seules les autorités choisies librement dans une compétition électorale par les citoyens-électeurs méritent d’être appelés par un titre honorifique.