Une Rwandaise à la tête de la francophonie? Kagame en a parlé à Paris

 

Louise Mushikiwabo, 56 ans, Ministre des Affaires étrangères du Rwanda depuis 2009, prendra-t-elle la succession de la Canadienne Michaëlle Jean la tête de l’Organisation internationale de la francophonie ? Dans les coulisses du salon Viva-Tech, consacré aux nouvelles technologies de l’information et qui s’est ouvert à Paris en présence de Mark Zückerberg, le sujet défraie la chronique. En effet, le président rwandais Paul Kagame, qui n’était plus venu en France depuis 2015, est l’invité d’honneur de ce sommet où il a déjeuné avec Emmanuel Macron. Féru de nouvelles technologies, désireux de faire du Rwanda un pays leader en ce domaine le chef de l’Etat rwandais est aussi président en exercice de l’organisation de l’Unité africaine et les succès économiques de son pays fascinent de nombreux pays africains francophones. C’est d’ailleurs le Maroc qui aurait pris l’initiative de pousser la candidature de Mme Mushikiwabo, une parfaite bilingue qui a étudié et vécu longtemps au Canada avant d’y revenir au lendemain du génocide. Emmanuel Macron aurait souscrit à cette idée, voyant là une manière de sortir par le haut de la crise qui empoisonne les relations entre Kigali et Paris depuis 1994.
Dans les rangs de l’OIF et dans les capitales des pays membres, il est de notoriété publique que l’actuelle secrétaire générale, la Canadienne Michaëlle Jean, une ancienne journaliste d’origine haïtienne qui fut gouverneur général du Canada, un poste honorifique, a fortement déçu. En cette période de raréfaction des ressources, où la France se lasse de financer plus des trois quarts du budget de l’organisation, les dépenses somptuaires de Mme Jean ne sont pas passées inaperçues. C’est en 2014, à Madagascar, que Mme Jean avait été élue à la tête de l’OIF, remplaçant l’ancien Premier Ministre sénégalais Abdou Diouf. Un choix par défaut : alors que le poste revenait à un candidat présenté par l’Afrique, les pays africains francophones n’arrivèrent pas à présenter une candidature commune, et le président François Hollande (à la veille d’annoncer qu’il ne se représenterait pas) avait visiblement la tête ailleurs. Cette fois, si Louise Mushikiwabo présente sa candidature à la tête de l’OIF lors du prochain sommet qui se tiendra en octobre prochain à Erevan (Arménie), elle pourra compter sur de solides appuis au sein de l’Union africaine. Diplomate chevronnée, s’exprimant souvent, sans fioritures, au point d’avoir été surnommée « l’aboyeuse » du régime, Mme Mushikiwabo est connue et appréciée sur le continent.
Même si elle est considérée comme le numéro deux du régime, appelée éventuellement à succéder un jour à Paul Kagame, (qui d’après la Constitution approuvée par referendum pourrait rester au pouvoir jusque 2034…) l’éventuelle candidature de la Ministre rwandaise suscite aussi quelques haut le cœur. Au sein de la francophonie, d’aucuns ne manquent pas de souligner que le Rwanda est devenu membre du Commonwealth et a officiellement introduit l’anglais comme langue nationale, en France les juges chargés d’instruire l’affaire de l’attentat contre l’avion du président Habyarimana n’ont toujours pas déposé leurs conclusions et, à propos de la responsabilité de la France dans le génocide, les « négationnistes » n’ont pas encore baissé les armes. Quant à la République démocratique du Congo, le plus grand des pays de la francophonie, où le président Kabila n’a toujours pas annoncé ses intentions exactes –s’accrocher au pouvoir ou présenter un dauphin-, cette promotion d’une « voisine » rwandaise à la tête de la francophonie inquiète car le régime, s’il était délaissé par Emmanuel Macron, se sentirait de plus en plus isolé.

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