Sanctionné maladroitement par les États-Unis, François Olenga un général tombé en disgrâce ? – JJ Wondo

Sanctionné maladroitement par les États-Unis, François Olenga un général tombé en disgrâce ? – JJ Wondo

Sanctionné maladroitement par les États-Unis, François Olenga un général tombé en disgrâce ?

Par Jean-Jacques Wondo Omanyundu

Le  Général d’armée – quatre étoiles – François Olenga Tete, Tetela de Katako Kombe du clan de Patrice Emery Lumumba, né au Maniema, est le militaire congolais le plus haut gradé avec le général Didier Etumba, le chef d’état-major-général des FARDC. Son passé lumumbiste fait de lui un des rares généraux nationalistes et patriotes congolais actuellement en activité en RDC. Il occupe depuis septembre 2014 la fonction de chef d’état-major particulier du Chef de l’Etat et celui de chef de la maison militaire du Président Kabila. C’est une fonction stratégique lorsque l’on sait le fonctionnement de la Défense en RDC, un régime prétorien où, contrairement à la Constitution qui fait de la Défense un domaine de collaboration entre le Président et le gouvernement, la politique de défense nationale est exclusivement gérée, sans partage, par le cabinet militaire privé du Chef de l’Etat.
Depuis sa sanction surprise par le Trésor américain en juin 2017, le général Olenga, dépossédé de ses prérogatives d’ordonnancement des achats d’armements, s’écarte progressivement du cercle d’influence de Joseph Kabila au profit du clan katangais qui entend verrouiller le dispositif sécuritaire et de défense de son régime.

Le général Olenga a joué un rôle central dans la victoire des FARDC sur le M23

Sa nomination le 23 novembre 2012 comme chef d’état-major ad interim de l’armée de terre, en remplacement du général Gabriel Amisi Tango Four suspendu pour des soupçons de haute trahison qui pesaient sur lui après la chute de Goma face au M23, a été interprétée à l’époque comme une volonté de requinquer le moral des troupes d’une armée en perte de vitesse.

Et les résultats ne se sont pas fait attendre sur le terrain des opérations avec les bonnes performances des FARDC, qu’il a requinquées moralement en menaçant de fusiller publiquement les traites et motivées financièrement durant la guerre contre le M23 en 2013. Cela lui a valu une certaine estime et une popularité auprès d’une grande majorité des troupes dont il était proche. Cela n’aurait pas réjoui certains de ses collègues katangais du pré-carré militaire de Kabila, selon une source des renseignements militaires congolais.

Un général encombrant pour le cercle militaire katangais de Joseph Kabila ?

« Le tout-puissant Général d’armée Olenga : Consécration ou subtil éloignement ? »

C’est ce que j’écrivais dans un article en septembre 2014 lors de la restructuration du commandement des FARDC : « Tout comme pour le général Banze, le déplacement du général Olenga de l’armée de terre vers la maison militaire peut être doublement interprété. Pour certains, dont un expert militaire européen en RDC : « Ce qui est évident, c’est que Olenga est renforcé dans sa position d’homme clé en passant à la maison militaire du Président ». Une lecture que je n’ai pas vraiment partagée à l’époque en avançant ce qui suit : « En effet, même si sur papier le Général Olenga semble être le grand gagnant, il perd tout de même le contrôle et le contact direct avec le terrain où il a fait preuve d’une efficacité unanimement saluée. Le général Olenga est l’artisan de la victoire des FARDC sur le M23. En tant que chef de la maison militaire, il aura sous son autorité fonctionnelle directe – mais pas opérationnelle – la Garde républicaine. Dans un contexte d’un possible maintien de Kabila au pouvoir par la force, il n’est pas exclu que comme en 2011, la GR réprime violemment les contestataires du régime. Ainsi avec la pression diplomatique occidentale croissante sur Kabila, la communauté internationale pourrait se servir de la répression brutale de la GR pour traduire son autorité fonctionnelle, le général Olenga, devant les instances pénales[1] ». Certains faits semblent corroborer actuellement mon analyse de l’époque.

Il faut d’abord se dire que le succès militaire des FARDC contre le M23, que le général Olenga copartage avec les feux général Lucien Bahuma Ambamba et colonel Mamadou Ndala, décédés mystérieusement, a inquiété l’entourage militaire katangais de Joseph Kabila. Ainsi, sa nomination comme chef d’état-major particulier de Kabila alors qu’il espérait occuper la fonction suprême de chef d’état-major général des FARDC[2], est un signal pour Kabila de l’éloigner des troupes pour le ramener autour de lui afin de mieux le contrôler.

Le début de la fin de l’influence militaire du général Olenga commence quelques temps après la nomination du général Gaston Ilunga Kampete comme commandant de la GR en septembre 2014. Pourtant ce dernier doit ce poste grâce au général Olenga qui le considérait comme son « chouchou ». Les rapports entre les deux hommes se sont progressivement tendus depuis 2015. Les deux hommes partagent des divergences de vue sur le rôle et les missions de la GR. Alors qu’en janvier 2015, le général Olenga faisait partie des généraux légalistes. Ces derniers défendaient le principe de non-intervention de l’armée dans les missions de maintien et rétablissement de l’ordre public. Ils étaient donc réticents à faire intervenir la GR et l’armée dans la répression des manifestants[3], à l’opposé des généraux katangais Ilunga Kampete, Jean-Claude Yav, Ilunga Sengelwa, Ferdinand Luyolo, Chef de Légion nationale d’intervention (LENI), l’unité anti-émeutes (’ex-police d’intervention rapide formée par les instructeurs angolais) et le général Amisi Tango Four, partisans de l’aile radicale et favorables à la répression violente des manifestants qualifiées d’insurgés[4].

Les relations entre le général Olenga et le général Ilunga Kampete se sont encore détériorées en 2016 lorsque le général Olenga voulait compenser l’influence de la GR au profit des soldats des FRR[5]. Pour rappel, lorsqu’en juillet 2014, le président Kabila a fait l’objet des menaces sérieuses de coup d’état de la part d’un groupe d’officiers de la GR, c’est le général Olenga qui a désigné le général Ilunga Kampete pour les calmer[6]. Depuis, le général Olenga, le chef d’état-major particulier du président Kabila, se méfiant personnellement de la GR, avait essayé de diluer l’influence de la GR en renforçant la protection de Kabila par des éléments des forces de réaction rapide (FRR), en rabotant quelque peu les primes des éléments de la GR au profit des soldats des FRR[7].

Depuis, le général Olenga serait placé « sous haute surveillance des généraux katangais » qui ne l’apprécient pas beaucoup et qui envient d’occuper son poste. Les généraux katangais seraient même prêts à commettre un coup d’Etat contre Kabila, s’ils sentent que ce dernier n’est plus en situation de se maintenir au pouvoir.

Il s’agit d’un scénario à ne pas sous-estimer, à en croire des informations convergentes qui nous parviennent des sources militaires. Ce schéma verrait un nombre d’officiers généraux et supérieurs ainsi que des responsables sécuritaires originaires du Katanga neutraliser Kabila ou tenter de récupérer le pouvoir en cas de sa chute. Ce scénario envisagé par l’entourage militaire de Kabila, s’élabore autour du général John Numbi. Il peut impliquer les généraux suivants : Jean-Claude Yav Kabej, l’adjoint du général Olenga à la maison militaire du Président en charge des opérations et des renseignements; Damas Kabulo, le Secrétaire général de la Défense nationale ; Célestin Mbala Munsense , le chef d’état-major général adjoint chargé de l’administration et logistique des FARDC ; Dieudonné Banze, l’ancien commandant de la GR et actuel chef d’état-major de l’armée de terre ; Jean-Claude Kifwa, le commandant de la Deuxième zone de défense qui couvre les anciennes provinces des deux Kasaï et le Katanga ; Philémon Yav, le commandant de la 22ème région militaire qui comprend l’ancienne province du Katanga, Raus Chalwe, l’Inspecteur général de la Police nationale congolaise, Sylvano Kasongo, le commissaire provincial de la police à Kinshasa ; les colonels Mpanga Mukutu ; Commandant du Régiment Sécurité et Honneur de la GR, l’unité chargée de la protection rapprochée de Kabila et Ferdinand Luyolo, chef de la LENI ; ainsi que Kalev Mutond, l’Administrateur général de l’ANR.

Le général Olenga victime d’une sanction américaine incorrecte ?

C’est le constat que l’on pourrait dégager à l’analyse des sanctions américaines imposées contre lui au regard de ses fonctions.

En tant que chef d’état-major particulier du Chef de l’Etat, le général Olenga a, sur papier, pour mission d’aider le président Kabila dans la conception et l’élaboration de la politique de défense et de sécurité et de l’aider dans la conduite et la coordination de toutes les activités relatives à l’organisation, à l’instruction et l’équipement des Forces Armées[8]. Il est également le chef de la maison militaire du Chef de l’Etat. A ces titres, il exerce l’autorité fonctionnelle sur la GR, en plus de coordonner tous les services de sécurité et de renseignement. Ces attributs font de lui théoriquement un militaire de premier rang dans l’armée, lorsque l’on sait que, contrairement à la Constitution qui fait de la Défense un domaine de collaboration entre le Président et le gouvernement, la politique de Défense nationale est gérée sans partage par le cabinet militaire privé du chef de l’Etat.

Mais il se fait que depuis qu’il a été malencontreusement sanctionné par le Département du Trésor américain, qui a cru comprendre qu’il est le commandant opérationnel de la Garde Républicaine (GR), le général Olenga se retrouve dépossédé de ses prérogatives d’ordonnancement des achats d’armements.

En effet, la GR ne relève pas de l’autorité fonctionnelle du chef d’état-major général des FARDC ni de la responsabilité du ministre de la Défense. Comme expliqué plus haut, l’autorité fonctionnelle administrative de la GR dépend du chef de la maison militaire du président Kabila, alors que le commandement opérationnel est assuré par son chef de corps, le général Gaston-Hughes Ilunga Kampete[9].

Les attributions légales de la GR devraient disculper le général Olenga

L’article 153 de la loi organique nº 11/012 portant organisation et fonctionnement des Forces armées stipule :

La Garde Républicaine est une unité des Forces armées ayant pour missions de :

– assurer la garde, la protection du Président de la République et de ses hôtes de marque ;

– assurer la sécurité des installations présidentielles ;

– assurer les escortes et les honneurs à l’échelon de la Présidence de la République.

Article 154 : La Garde républicaine relève du Président de la République pour l’exécution de ses missions, et du Chef d’Etat-Major Général en ce qui concerne les appuis administratifs et logistiques.

Article 155 : La Garde Républicaine est commandée par un Officier Général portant le titre de Commandant de la Garde Républicaine.

Il est assisté de deux Commandants Adjoints, officiers généraux ou supérieurs.  

Alors que le général Olenga est sanctionné, notamment à cause de l’implication de la GR dans les répressions des manifestants, on constate qu’elle relève directement du Président de la République pour ‘exécution de ses missions. La fonction du général Olenga, de surcroit privé en tant que conseiller, se limite à assister le Chef de l’Etat, dans la conception et l’élaboration de la politique de défense et de sécurité et de l’aider dans la conduite et la coordination de toutes les activités relatives à l’organisation, à l’instruction et l’équipement des Forces Armées[10].

En effet, intervenant sur Radio Okapi après la sanction américaine, le général Olenga, qui se décrit comme étant « un officier nationaliste et révolutionnaire », avait expliqué que son institution, la Maison militaire, ne travaille pas en collaboration avec la Garde républicaine, comme le laissait entendre le communiqué annonçant les sanctions prises contre lui. « La Maison militaire entretient plutôt des relations de collaboration avec le Premier ministre, le ministre de la Défense, celui de l’Intérieur, le chef d’Etat-major général et le chef de la police nationale. Comment est-ce que le chef d’Etat-major général (Ndlr le général Didier Etumba) et le chef de la police – à l’époque le général Charles Bisengimana – ne sont pas sanctionnés et que la Maison militaire qui a des relations de collaboration avec eux, soit sanctionnée », s’était interrogé le général François Olenga. Il s’étonnait également qu’il soit accusé d’avoir sapé le processus démocratique congolais alors que la gestion des manifestations publiques n’entre pas dans ses attributions[11].

À propos de Bisengimana, nous sommes d’avis que les mobiles de sa mise l’écart ne relèvent pas d’une sanction interne, mais bien d’une fine stratégie visant à l’épargner des sanctions internationales. En effet, en 2016, le Bureau conjoint des Nations unies aux droits de l’homme (BCNUDH) avait répertorié au moins 5190 violations des droits de l’homme en RDC, soit une hausse d’environ 30% de plus qu’en 2015. Plus de 60% de ces violations ont été commises par des agents étatiques et surtout par la police nationale, commandée à l’époque par le général Bisengimana. Malheureusement, le général Bisengimana qui est très apprécié par les milieux politiques de l’Union européenne et des Etats-Unis, a été tout simplement épargné par ces sanctions. Le général Charles Bisengimana qui entretient également des liens solides avec le Rwanda dont il a été le bras armé au sein de la rébellion du RCD-Goma, se présente comme un outsider redoutable dans la succession à Joseph Kabila en cas d’une action impliquant l’armée ou la police où il garde encore des soutiens forts.

Conclusion

Jugé patriote dans les milieux militaires et dans les cercles politiques congolais, admissible désormais à la retraite, le général Olenga serait doublement victime des faucons du régime, partisans d’un pouvoir dictatorial prétorien féroce, qui convoitent son poste et du mauvais calibrage des sanctions américaines. Pourtant, ses fonctions de chef de maison militaire ne lui confèrent aucune autorité opérationnelle hiérarchique directe de commandement sur les troupes de la GR utilisées pour réprimer les manifestants pacifiques.

Au moment où la crise électorale congolaise entre dans une phase très critique, il est important que la Communauté internationale augmente la pression sur l’appareil sécuritaire. Pour ce faire, elle devrait cibler davantage et correctement les vrais chefs opérationnels militaires qui veulent plonger la RDC dans le chaos, tout en épargnant, voire réhabilitant ceux qui ne portent pas le sang des Congolais dans leurs mains et n’envoient pas les troupes pour massacrer la population en adoptant plutôt une posture républicaine, comme le font quelques rares officiers généraux qui refusent d’impliquer l’armée dans la répression des populations civiles.

DESC, par sa connaissance éprouvée du dispositif militaire de Joseph Kabila, reste disponible pour apporter son expertise afin que les sanctions ciblées et bien calibrées soient prises correctement et efficacement à l’encontre des officiers généraux et supérieurs qui sapent effectivement le processus démocratique devant permettre l’alternance au pouvoir en décembre 2018 via les élections libres, transparentes et inclusives. Cela éviterait les effets contre-productifs des sanctions inopportunes dans un contexte politique où les hommes en armes finiraient plus que probablement à investir le terrain politique, soit négativement, soit positivement en adoptant une posture patriotique républicaine.

Jean-Jacques Wondo Omanyundu / Exclusivité DESC

Références

[1] Jean-Jacques Wondo Omanyundu, « Comment interpréter le jeu de la chaise musicale à la tête des FARDC ? » in http://www.desc-wondo.org, 26/09/2014.

[2] http://desc-wondo.org/fr/qui-des-generaux-darmee-etumba-et-olenga-remportera-la-bataille-a-la-tete-des-fardc-jj-wondo/.

[3] Joël Kandolo, « Le Général Olenga, un homme seul et un chef sans troupes ! », DESC, 3 avril 2015. https://desc-wondo.org/fr/le-general-olenga-un-homme-seul-et-un-chef-sans-troupes-joel-kandolo/.

[4] http://desc-wondo.org/fr/rdc-apres-le-fiasco-securitaire-des-tetes-vont-elles-tomber-dans-larmee-et-la-police-exclusivite-desc/.

[5] Témoignages de deux officiers supérieurs de la Garde républicaine et d’un officier de la maison militaire.

[6] [6] http://desc-wondo.org/alerte-desc-la-garde-republicaine-a-menace-de-renverser-joseph-kabila/.

[7] Témoignages de deux officiers supérieurs de la Garde républicaine et d’un officier de la maison militaire.

[8] Article 75 de la loi organique nº 11/012 portant organisation et fonctionnement des Forces armées du 11 août 2011.

[9] http://desc-wondo.org/portrait-qui-est-ilunga-kampete-le-nouveau-commandant-de-la-garde-republicaine/.

[10] Article 75 de la loi organique nº 11/012 portant organisation et fonctionnement des Forces armées du 11 août 2011.

[11] https://www.radiookapi.net/2017/06/03/actualite/politique/le-general-olenga-aucune-sanction-ne-me-fera-trembler.