« On nous a fait adopter une enfant volée au Congo”

« On nous a fait adopter une enfant volée au Congo”

  • 27 mai 2018
  • Gilbert Dupont

« On nous a fait adopter une enfant volée au Congo”

Pour Sophie et Thierry, tout a basculé le 7 novembre 2016. Un coup de téléphone de la police fédérale pour une convocation urgente au parquet.

L’année précédente, le couple avait adopté en RDC une petite orpheline. La convocation, c’était pour s’entendre dire que l’enfant n’était pas orpheline. Qu’ils avaient été trompés ainsi que plusieurs autres parents adoptants en Belgique, par une ASBL namuroise.

Le couple, qui a accepté de témoigner, vit depuis dix-huit mois le drame déchirant de considérer comme leur enfant l’enfant d’un autre. De donner amour et bonheur à une petite fille de 8 ans dont ils savent qu’elle a été volée au Congo à des parents en souffrance qui la cherchent et à qui elle manque.
Sophie :  “J’ai le bonheur de la voir grandir et s’épanouir, aller à l’école, jouer avec ses frères et sœurs, et je me dis que de l’autre côté, il y a aussi une maman et un papa et des frères et des sœurs qui n’ont pas ce bonheur. Mon mari et moi nous sentons profondément mal. Et nous devons vivre avec. Je me mets tous les jours à la place de ces parents.”
La vérité, Thierry et Sophie la connaissent depuis peu. “La famille vit sans eau ni électricité à 800 km de Kinshasa. Nous connaissons les prénoms du papa et de la maman. Nous savons qu’ils n’ont pas du tout abandonné leur enfant mais qu’ils l’ont cherchée et ont souffert. Ils se sont demandé si elle était morte et aussi si elle était partie dans un réseau. Et nous savons comment on les a trompés. On leur a prétendu que leur fille avait la chance extraordinaire de pouvoir participer à un voyage culturel et que c’était un cadeau rare qui leur était offert de permettre à leur fille de prendre l’avion et d’aller à Kinshasa. C’était une tromperie organisée par l’orphelinat à Kinshasa géré par cetteASBL namuroise et sa directrice.”
Le couple sait  aussi, et c’est un immense soulagement, que les parents au Congo sont informés. “Nous n’avons pour le moment pas de contact avec eux. Ce contact aura lieu. À ce stade, nous imaginons déjà le bonheur qui a dû être le leur d’apprendre que leur fille est vivante et en sécurité dans une famille de bonne foi qui n’a jamais voulu la voler et regrette la manière dont cela s’est passé. Nous ne regrettons pas l’adoption de notre petite mais la façon scandaleuse dont cette ASBL et sa directrice ont agi. Et nous sommes en colère sur les institutions responsables des adoptions en Fédération Wallonie-Bruxelles, qui n’ont pas été à la hauteur en vérifiant ce qui devait l’être. Nous ne nous satisfaisons pas des explications du ministre Madrane.”
À la petite fille, le couple a choisi de dire la vérité, en douceur. “Elle sait qu’elle a au Congo des parents qui l’aiment, que nous appelons Maman et Papa Chocolat et que nous irons un jour voir ensemble. Lui annoncer qu’elle a été volée ? Ce sera un long cheminement avec les professionnels qui nous accompagnent.”
Thierry et Sophie  ont pu lire, il y a quelques jours, le dossier de l’instruction. “Le contenu est secret. Mais quel choc! Je n’aurais jamais imaginé que nos noms seraient cités dans un dossier de vol d’enfant et de traite des êtres humains, associés à des pratiques crapuleuses. Et après, il faut rentrer à la maison et faire comme si ça avait été une journée ordinaire. Vous savez, Monsieur, ces enfants volés, ils me hantent.”
L’entretien s’achève.  Sophie tient encore à ajouter : “J’ai vu des photos de la maman. Cette dame, elle est belle, digne, grande. Magnifique. Elle donne l’envie de la connaître. J’ai cet espoir que c’est déjà une évidence pour elle que sa petite fille va très, très bien. Nous ne lui lui cachons rien. Nous lui donnons tout.”