RDC: le risque d’un nouveau fiasco électoral

RDC: le risque d’un nouveau fiasco électoral

27 Mai 2018

par Christophe RIGAUD

L’audit du fichier electoral congolais par l’Organisation international de la Francophonie (OIF) fait craindre de possible fraudes.  6,7 millions d’électeurs ont notamment été enregistrés sans empreinte digitale.

Les élections de novembre 2011 © DR – Monusco

Très attendu, l’audit du fichier électoral congolais par l’OIF devait mettre un terme aux multiples contestations de l’opposition sur la crédibilité des prochaines élections… il n’en sera rien. Après avoir nettoyé le fichier électoral de plus de 6 millions d’électeurs enregistrés deux fois, la Commission électorale (CENI) a visiblement encore du pain sur la planche pour rassurer les Congolais de la transparence des élections prévues en décembre prochain. Un scrutin encore très hypothétique déjà reporté par deux fois.

Si les experts de l’Organisation internationale de la Francophonie ont donné une bonne note à la CENI sur le caractère « inclusif, exhaustif, et actualisé » du nouveau fichier électoral, l’audit pointe l’aspect « perfectible » des données récoltées par la Commission. Trois éléments de l’audit de l’actuel fichier électoral sont particulièrement inquiétants.

«Electeurs fantômes »?

Les experts de l’OIF révèle tout d’abord que 16,6% des électeurs congolais ont été enrôlés par la CENI sans empreinte digitale, soit 6,7 millions de Congolais ! Un chiffre important comparé aux 40 millions d’électeurs recensés. L’OIF affirme également qui certains électeurs ont été enregistrés en l’absence de photo ou de dossier d’inscription, sans en relever le nombre. Selon l’opposant Martin Fayulu (Ecidé), il faut également rajouter les Congolais enrôlés avec moins de 10 empreintes, et qui ont donc la possibilité de voter plusieurs fois. Pour lui, 24% du fichier électoral pourrait être frauduleux.

Mais les découvertes des experts ne s’arrêtent pas là. À l’issue de l’audit du fichier électoral, l’OIF affirme ensuite que 400.000 électeurs n’atteindront pas l’âge de la majorité le 23 décembre 2018, jour de l’élection, et ont donc été enrôlés frauduleusement. Enfin, l’OIF estime que 2,3% des 54 millions des cartes d’électeurs vierges n’ont pas été restituées, soit 1,2 million de cartes « disparues ». La CENI affirme être à leur recherche.

Si on cumule les 6,7 millions d’électeurs enregistrés sans empreinte, les 400.000 mineurs frauduleux et les 1,2 million de cartes vierges « envolées », on obtient le chiffre de 8,3 millions d’électeurs qui « posent problème » pour la prochaine élection présidentielle de décembre. Un chiffre qui peut largement faire basculer une élection dans un mode de scrutin à un seul tour.

Désinvolture

La CENI s’est pourtant déclarée satisfaite de l’audit de la l’OIF. La Commission estime que l’absence d’empreinte ne fait pas automatiquement de ces électeurs des fraudeurs et qu’il n’est pas question de les radier (ce que ne demande pas en effet l’OIF). Pour Corneille Nangaa, le patron de le CENI, « le manque d’empreinte digitale n’a aucune incidence ». Et avec une certaine désinvolture, il a également affirmé que « seul Dieu peut avoir un fichier électoral parfait » (sic). Le compte Twitter de la Commission a même tenté de trouver une explication abracadabrantesque à l’absence d’empreinte digitale pour 6,7 millions de Congolais. « Les personnes enrôlées sans empreinte peuvent être celles qui n’ont pas de doigts ou de main (sic), soit celles qui se livrent aux activités agro-pastorales (re-sic) » a très maladroitement communiqué la CENI.

Vers un nouveau fiasco électoral?

A moins de sept mois du scrutin, les experts de l’OIF demandent l’affichage provisoire du fichier nettoyé « pour permettre d’aboutir à des listes électorales définitives, conformément à la loi ». L’Organisation demande également à la CENI de  « centraliser les données manquantes pour les électeurs ne présentant ni photographie ni formulaire, et de poursuivre les investigations sur l’absence de motifs pour les électeurs ayant été enregistrés sans empreinte ».

Mais dans ce contexte, le spectre des élections frauduleuses de 2011 se profile de nouveau à l’horizon. Il faut rappeler que l’Union européenne et le Centre Carter, qui avaient observé le scrutin de 2011, avaient noté de nombreuses irrégularités et déclaré les résultats des élections non crédibles, et par-là même remis en cause la réélection de Joseph Kabila. La fraude de 2011 avait alors ouvert le procès en illégitimité de l’actuel président congolais, qui se trouve être à l’origine de la crise politique actuelle. Une crise qui a déjà plongé la RDC dans l’engrenage de la répression et de la violence.

Christophe RIGAUD – Afrikarabia