Convocation de l’électorat, un pas décisif sur un arrière-fond non consensuel – Alain-Joseph LOMANDJA

Convocation de l’électorat, un pas décisif sur un arrière-fond non consensuel – Alain-Joseph LOMANDJA

Le samedi 23 Juin 2018, à exactement 6 mois du triple scrutin au suffrage universel direct, la CENI va convoquer l’électorat. Cette convocation sera suivie d’une autre activité importante, la réception et le traitement des candidatures à la députation provinciale (du 24 Juin au 08 Juillet), aux législatives nationales et à la présidentielle (du 25 Juillet au 08 août 2018).

De prime abord, trois observations s’imposent sur cette étape décisive du processus électoral :

1. La convocation de l’électorat n’est pas un concept constitutionnel. En son article 73, la Constitution congolaise parle plutôt de la convocation du scrutin pour l’élection présidentielle 90 jours avant l’expiration du mandat du Président en exercice. Cette disposition n’existe que pour la présidentielle. Dans son calendrier, la CENI se réfère non pas à l’art. 73 de la Constitution, mais à l’art. 11 de la loi électorale qui reconnaît à son bureau la compétence de convoquer l’électorat conformément à son calendrier. Ainsi donc, au lieu des trois mois constitutionnels qui séparent la convocation de l’organisation du scrutin présidentiel, ce sont les 6 mois du calendrier électoral qui s’imposent, entre autres à cause de la combinaison des 3 scrutins.

2. La réception et le traitement des candidatures au niveau provincial et au niveau national auraient pu se dérouler conjointement pour un gain de temps. Ceci est d’autant plus faisable que les formations de tous les agents des BRTC auront déjà été réalisées et que la réception, le traitement et la gestion des contentieux des candidatures se déroulent à des niveaux différents aussi bien à la CENI que dans les cours et tribunaux.

3. Enfin, la convocation de l’électorat doit être regardée comme un pas décisif qui engage officiellement le pays sur le chemin des élections, même si les surprises ne sont pas à exclure. Trois questions majeures qui divisent l’opinion publique y trouveront des réponses.

La première question qui va être clarifiée à l’issue de ces deux activités préélectorales est le nombre des candidatures qui justifie pour la CENI la nécessité de l’usage des machines à voter très controversées. Si l’introduction du seuil de représentativité et l’augmentation de la caution limitent le nombre descandidatures, alors l’un des arguments de la CENI sera soumis à rude épreuve.

La deuxième question qui sera clarifiée est celle de la candidature ou non de M. Kabila. Au 08 août, l’opinion sera fixée sur ses intentions réelles, à moins que le discours annoncé sur l’état de la Nation n’apporte la réponse avant le dépôt des candidatures à la présidentielle.

La dernière question se rapporte sans doute à l’inclusivité des scrutins à venir. On saura si des opposants comme M. Katumbi et JP Bemba seront finalement admis aux scrutins ou écartés sur la base des procédures judiciaires politisées. On saura aussi si l’opposition aura trouvé un candidat unique et si le Front Commun pour le Congo survivra à la désignation d’un éventuel dauphin.

C’est donc un moment de vérité qui s’annonce. Vérité sur la volonté d’alternance démocratique à la tête de l’Etat. Vérité sur les raisons réelles ou cachées de l’imposition des machines à voter. Vérité sur l’inclusivité du processus électoral et donc sur le caractère apaisé ou pas des élections en préparation.

 

Alain-Joseph LOMANDJA
Doctorant et analyste des questions électorales