Kabila prépare un grand défilé militaire de dissuasion ce 30 juin 2018 – JJ Wondo

Kabila prépare un grand défilé militaire de dissuasion ce 30 juin 2018 – JJ Wondo

Par Jean-Jacques Wondo Omanyundu depuis Toronto

Selon nos sources militaires à Kinshasa, sauf décision d’annulation de dernière minute, Kinshasa se prépare à vivre un 30 juin 2018 rythmé aux pas cadencés d’un méga défilé militaire de dissuasion à la nord-coréenne, suivant le format identique à l’impressionnant défilé du 30 juin 2014.

Ce défilé prévu initialement le 17 mai 2016 se prépare dans la piste de l’aérodrome de Ndolo. Il sera commandé par le numéro deux de la Garde républicaine, le général de brigade Christian Tshiwewe et supervisé par le général-major Prosper Nabyolwa, le sous-chef d’état-major général des FARDC en charge des opérations.

Ce défilé militaire, selon nos sources, ce veut une opération de démonstration de la puissance de feu des FARDC et dissuasion envers les pays voisins suspectés de comploter contre le régime de Joseph Kabila. Il s’agit de lancer un message clair à ces pays que les FARDC, version 2018, n’est plus ce colosse aux pieds d’argiles qui nécessitaient le baby-sitting étranger ou un accompagnement régional.

Fort des acquisitions militaires récentes et du lancement de la coopération militaire avec la Russie de Poutine, Kinshasa tient à prévenir ses prétendus adversaires qu’il est prêt à parer à toute éventualité et à faire vivre l’enfer à ceux qui oseraient de l’attaquer. Qui s’y frotte s’y pique, disent les collaborateurs de Kabila selon la rhétorique utilisée par Mende après la rencontre de Paris entre Joao Lourenço, le président angolais, et le président français Emmanuel Macron. Lambert Mende avait promis une résistance farouche de la RDC[1].

En effet, le cercle militaire de Kabila dit  ne pas craindre l’armée angolaise, les FAA. Il doute de la capacité des FAA de mener une guerre de grande envergure vu que cette armée n’a plus combattu depuis plus de 15 ans. et que le Congo de 2018 n’est plus ce colosse aux pieds d’argile de 2002. Par ailleurs, l’entourage militaire de Kabila se conforte par le fait que es militaires angolais seront défavorisés par le manque de motivation. De ce fait, ils ne pourront pas prendre des risques de mener une guerre en terre étrangère qui ne les concerne pas et qui n’impliquerait pas leur engagement patriotique total comme durant la guerre entre 1977 et 2002.

Ainsi, le défilé prévu ce 30 juin tient lieu d’un exercice de grande dissuasion pour démontrer qu’ils sont prêts à parer à toute éventualité.

L’autre signal de ce défilé est purement politique. Kinshasa maintient sa ligne dure de répression systématique et très violente de toutes les manifestations publiques pacifiques par usage des moyens létaux. Lors d’une récente réunion sécuritaire autour de Kabila, ce dernier a ordonné à ses collaborateurs militaires et de la police de maintenir la riposte violente contre les manifestants qu’il qualifie d’insurgés. Il a rassuré d’ailleurs ses hommes en leur disant que jusque-là aucun d’entre eux n’est inquiété par la CPI.

Ce défilé, selon d’autres sources présidentielles, devraient précéder son discours à la nation où Kabila annoncerait qu’il poserait sa candidature pour la prochaine élection présidentielle, imitant ainsi son homologue burundais Pierre Nkurunziza. Et que ceux qui contesteront devront se conformer à la force de la loi par l’arrêt en interprétation qu’en fera la Cour Constitutionnelle qui vient d’être pourvue de magistrats après le décès d’un magistrat et la démission de deux autres. Pour ceux qui contesteront dans la rue, ils seront confrontés à la loi de la force armée impitoyable qui sera déployée sur le terrain. Et ce défilé fait office de campagne de dissuasion.

Depuis deux mois, le pouvoir de Kinshasa a renforcé des dispositions particulières de sécurité à Kinshasa et dans les grandes villes du pays. D’autres mesures drastiques sont prises dans des sites stratégiques et des camps militaires où le régime de Kabila craint de plus en plus des mutineries des soldats mal payés et mal entretenus.

Des pièces d’artillerie défilant le 30 juin 2014 à Kinshasa

 

Le défilé du 30 juin 2018 verra environ 15.000 hommes, environ 450 vehicules blindés, à roue et de transport non blindés et non blindés, à chenilles et à roues, des avions de combats, des hélicoptères tactiques et de transport, des canons d’artillerie tractés et plusieurs autres engins militaires.

Comme en 2014, les troupes qui défileront sont reparties en trois sites :

  • Maluku pour les unités des FARDC (forces terrestres, aeriennes et navale ainsi que les différents corps : santé, logistique, transmissions, génie, police militaire).
  • Les unités de la GR qui défileront sont casernées et font des exercices d’entraînement à Kibomango.

Pendant ce temps, une forte délégation militaire s’était rendue en mi-juin à Moscou pour lancer l’implémentation des premières mesures de la convention militaire russo-congolaise conclue dans le courant du mois de juin.

Ainsi, un pont aérien est mis en place entre la Russie et les aéroports de Ndjili et de Luano à Lubumbashi où les avions militaires gros porteurs Antonov An 124 Condor, Iliouchine il-76 Candid ainsi que des Antonov An-225 Mriya ont commencé à décharger des quantités importantes d’armes, de munitions, de véhicules blindés, des véhicules de transport OuRAL et KamAZ ainsi que des équipements militaires de différents types que nous détaillerons probablement dans nos prochaines publications.

En poursuivant la militarisation de son régime, Kabila reste cohérent à sa logique que la guerre est la mère des batailles politiques en Afrique. Et ce n’est pas par la voix du processus électoral qu’il compte normaliser la situation politique au Congo. Il est très sûr de lui, connaissant les limites de la communauté internationale, tâtonne et indécise face à cette crise dont la date du 23 décembre 2018 n’est qu’un point de saturation de la crise et non une échéance butoir de résolution politique et pacifique par la voie électorale de cette crise multifactorielle. La guerre, ce sera certainement la continuation du glissement de Kabila par d’autres moyens[2].

Jean-Jacques Wondo Omanyundu

Référence

[1] https://www.youtube.com/watch?v=NY7Ag6J0CHA.

[2] http://desc-wondo.org/fr/guerre-sera-certainement-continuation-glissement-de-kabila-dautres-moyens-jj-wondo/.

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