Réflexions d’un philosophe ( XXX ): Intellectuel congolais : quelle misère ! (Tribune )

Réflexions d’un philosophe ( XXX ): Intellectuel congolais : quelle misère ! (Tribune )

Réflexions  d’un philosophe  ( XXX ): Intellectuel congolais : quelle misère ! (Tribune )

Qui a dit un jour que la culture de l’intellect à elle seule ne suffit pas ? L’inntellect, qui est cette faculté d’entendement lié à notre cerveau, qui nous aide à acquérir ce précieux bagage intellectuel dont nous sommes si fiers, semble montrer ses limites chez les intellectuels congolais.

En effet, à voir le comportement de l’universitaire congolais, on est en droit de se demander si ses schèmes de pensée ont perdu de leur superbe et ne sont uniquement orientés que vers la manducation.
Et pourtant, ces intellectuels-là, se considèrent tous et ils aiment à le répéter eux-mêmes comme la  » conscience et la lumière de la société « .

Mais lorsque je regarde tous ces grands intellectuels qui sont allés signer leur adhésion à la plate-forme électorale dénommée  » Front commun pour le Congo  » (FCC ), cette espèce de fosse commune où l’on n’enterre que des personnes sans identité précise, j’ai vite fait de remettre en question l’assertion selon laquelle les intellectuels sont la conscience et la lumière de la société.

Qu’un professeur de renom de l’acabit de Elikya Mbokolo, aille lui aussi, courber l’échine devant la bêtise, me prouve à moi que la culture de l’intellect ne suffit pas pour faire d’un homme un être humain véritable, moins encore la lumière de la société !

Poussé par le désir de pouvoir s’affirmer sur le plan matériel par certaines acquisitions qu’on n’a pas pu avoir par un travail honnête, l’universitaire congolais, si éminent soit-il, se laisse vite tenter par la perspective d’un enrichissement rapide et sans cause. Et en RDC, la politique semble être la voie royale pour y parvenir.
Même alors, doit-on vendre son âme au diable pour y parvenir ?

L’histoire récente de notre pays nous révèle que la plupart des intellectuels congolais, même ceux de haut vol, ne disposent pas d’une cuirasse morale solide pour résister aux appâts matériels. Voilà pourquoi ils succombent, sans combat, aux sirènes de l’argent facile de la corruption.

C’est au moment où l’on s’attend à une union sacrée de tous les penseurs, des philosophes, des sociologues, des moralistes, des historiens, etc, pour que par leurs voix, ils apportent leurs réponses, leurs analyses, bref, leurs contributions pour le salut et la survie du peuple congolais au bord de l’inanition, que certains intellectuels choisissent de se joindre aux tenants du pouvoir politique pour perpétuer un règne qui ne se soucie guère du bien-être de sa population.
Quel acte de trahison !

Heureusement qu’au même moment, quelques dignes fils du Congo, tous universitaires, ont ramassé avec leurs mains le courage pour rédiger et signer un Manifeste pour démontrer l’inexistence même d’une toute petite béquille qui puisse servir d’appui à un troisième mandat.
Chapeau bas à eux !

Lorsque j’écrivais dans ma 21e tribune publiée le 4 décembre 2017 que  » nous vivons dans un pays défiant toute classification occidentale de pensée politique du genre Gauche -Droite -Centre et que les Congolais ne se laissent pas abuser par ceux qui se définissent comme étant du Centre, car personne n’est dupe et tout le monde sait de quel bord politique ils sont « , aujourd’hui l’histoire me donne raison.

En effet, en allant signer avec pompe la charte du FCC, les Centristes congolais n’ont fait que rejoindre la maison parentale, un peu comme le fils prodigue de la Bible qui retourna à la maison de son père après avoir dilapidé toute la fortune de son héritage.

Les centristes congolais ressembleront toujours au responsable du Centre français Hervé Morin qui affirma un jour publiquement qu’il a vécu le débarquement de Normandie en 1944 pendant la deuxième guerre mondiale alors qu’il est né en août 1961.

Mais diantre, pourquoi ces adhérants au FCC pensent-ils que nous sommes disposés à entendre les justifications à la noix pour leur choix ?

Quant au professeur Elikya Mbokolo, a-t-il seulement mesuré l’étendue de la déception et de la tristesse qu’il allait déclencher chez les patriotes congolais en se mettant du côté de ceux qui malmènent le peuple et qui entendent encore perpétuer cette maltraitance en obtenant un autre mandat ?

Professeur, il n’a jamais été question d’une remise en question de votre valeur en tant qu’homme de science. Il est question de votre choix politique et pour les Congolais, vous avez choisi le camp de ceux qui les ont plongés dans une misère sans nom.

Cessez de vous justifier car tout ce que vous dites ne fait que vous enfoncer. Prendre le Dialogue de la Cité de l’Union africaine présidé par Eden Kodjo, comme la base qui justifie votre choix d’adhésion au FCC, montre qu’il y a une partie de l’histoire de votre pays qui vous échappe, notamment l’Accord de la Saint- Sylvestre issu d’un autre Dialogue qui a suivi celui que vous prenez pour base de votre choix du FCC.
Cette dynamique que vous avez décelée dans le FCC et qui motive votre choix n’est rien d’autre qu’unedynamique de prédation voilée. Peut-être vous a-il manqué ce recul nécessaire qui vous aurait permis de bien cerner tous les ressorts cachés qui actionnent les aiguilles de l’horloge politique congolais.

Aujourd’hui, vous êtes devenu très perplexe au point que vous ne savez plus si vous avez effectué un bon choix ou pas en adhérant au FCC. D’où votre menace de quitter le FCC si jamais le président de la république briguait un 3ème mandat.
En historien chevronné, vous avez le tableau complet de l’histoire politique récente de votre pays et j’en apprécie la justesse et la hauteur. Mais il vous a manqué ce petit quelque chose qui vous aurait fait comprendre qu’il existe malgré tout dans ce pays ce qu’on peut appeler  » le camp de la patrie « . Il est composé aussi bien des personnalités que de nombreux anonymes qui luttent pour la libération de leur pays des chaînes d’oppression pour le faire accéder à cette part du bonheur auquel il a droit.

Je ne dis pas qu’il y a d’un côté des anges et de l’autre des démons. Il y a seulement une différence dans la façon des uns et des autres de voir le Congo. C’est cette différence de vision qui fait des uns des médiocres et des autres de dignes fils et filles qui méritent de la patrie.

Avec ce choix du FCC, vous êtes en train de confirmer l’hypothèse selon laquelle de grands scientifiques font souvent de très mauvais politiciens.
Reprenez-vous, professeur, et demandez pardon au peuple congolais. Ce dernier vous le pardonnera s’il décèle dans votre demande des accents de sincérité. Et la confiance en vous reviendra. Sinon, le désamour va aller croissant.

Nous ne cesserons d’interpeller cette élite congolaise en complète déliquescence pour qu’elle se remette elle-même en question. Car si elle n’opère pas un sursaut qualitatif pour évoluer dans un cercle vertueux, la population congolaise n’aura que ses yeux pour pleurer et sa bouche pour exprimer sa frustration, sa déception.

Ce sont cette frustration et cette déception que les Congolais ont exprimées à travers ce qui peut être considéré comme un lynchage médiatique, surtout à travers les réseaux sociaux, du très éminent professeur Elikya Mbokolo.

Kinshasa, le 24 Juillet 2018

François Ndjeka
Philosophe