Inga 3 : coup d’arrêt du parlement sud-africain aux ambitions de Kabila

Inga 3 : coup d’arrêt du parlement sud-africain aux ambitions de Kabila

  • 3 décembre 2018
  • François Misser

Inga 3 : coup d’arrêt du parlement sud-africain aux ambitions de Kabila

La commission de l’énergie du parlement sud-africain recommande au gouvernement de préparer des alternatives à l’approvisionnement en énergie en provenance d’Inga.

La décision ne traduit pas forcément un désintérêt pour le projet Inga en tant que tel, susceptible de fournir l’énergie propre la moins chère au monde à l’Afrique du Sud. Mais elle reflète le sentiment d’incertitude dans la classe politique sud-africaine envers un projet porté à bout de bras par l’ex-président Jacob Zuma et l’actuel ministre de l’Energie, Jeff Radebe, dont la maturité laisse à désirer.

Le 26 octobre, la Commission de l’énergie du parlement sud-africain a demandé au gouvernement de conduire une étude d’impact des différents scénarios à envisager concernant le futur mix énergétique du pays. Dans ce contexte, les députés ont prié l’exécutif de considérer des alternatives à l’approvisionnement en énergie à partir du barrage d’Inga, au cas où il ne pourrait pas fournir les 2500 MW, prévus dans le traité international sur Inga signé entre les deux pays en 2013.

Pareille recommandation pourrait contraindre le gouvernement de Pretoria à opérer un virage à 180°. A la mi-octobre, lors de la Commission mixte RDC-Afrique du Sud, avait été discutée la possibilité de doubler à 5000 MW, la quote-part de la puissance à fournir à la société sud-africaine ESKOM, dans l’optique du redimensionnement à la hausse du projet Inga 3 (de 4800 MW à 11 000 MW) annoncé l’an dernier par l’Agence pour le développement et la promotion du projet Grand Inga (ADPI) qui dépend de la présidence congolaise..

Mais contrairement à Jacob Zuma dont le neveu, Khulubuse, a reçu des participations dans des permis pétroliers dans la région du Lac Albert, le nouveau chef de l’Etat sud-africain, Cyril Ramaphosa n’a pas d’intérêt personnel au Congo et donc de raison de renvoyer l’ascenseur à Kabila. Partant, son gouvernement, a de bonnes chances de suivre l’avis des parlementaires.

En tout cas, cette recommandation apparaît comme un vote de défiance de la part de l’unique client étranger qui s’était engagé à acheter plus de la moitié de l’énergie d’Inga 3 dans le schéma initial. Cela, tombe mal pour Kabila. Le 16 octobre dernier, la présidence avait annoncé la signature du contrat pour la construction du barrage et de la centrale entre la RDC avec un consortium sino-espagnol dont les chefs de file sont la firme Actividades de Construcción y Servicios du président du Real Madrid, Florentino Pérez, et la Three Gorges Corporation chinoise pour financer les études et les travaux.

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Enlisement

L’attitude sud-africaine risque de contribuer à l’enlisement du projet car l’autre grand client potentiel, le Nigeria, n’a plus confirmé depuis des années sa volonté de se porter acquéreur d’une puissance de plusieurs mégawatts qui aurait achevé de rendre le projet bancable. La raison tient à la nouvelle priorité du PrésidentMuhammadu Buhari de construire, grâce à un financement de l’Export-Import Bank of China, la centrale hydroélectrique de Mambila (3050 MW) sur le fleuve Niger au coût estimé à 5,8 milliards de dollars. Plus le temps passe, et plus la viabilité financière du projet Inga 3 est sujette à caution. Chiffré à 14 milliards de dollars contre 8 milliards pour la première mouture concernant la seule construction du barrage et de la centrale d’Inga 3, le projet redimensionné est plus difficile à financer. Les modalités de remboursement de la dette ne sont pas encore arrêtées. Pour corser le tout, le dossier devient polémique. L’Espagne qui soutient le projet en raison de l’implication dans celui-ci de la firme ACS se voit reprocher par la société civile congolaise d’avoir tenté de retirer de la liste des responsables congolais frappés de sanctions européennes, le candidat du camp Kabila à la présidentielle du 23 décembre, Emmanuel Ramazani Shadary, en raison de sa responsabilité présumée dans la répression qu’il a fait subir en tant que ministre de l’Intérieur aux manifestants hostiles à un troisième mandat de Kabila.

Critique congolaise

Dernier clou dans le cercueil : le 23 novembre dernier, une pétition signées par 10 000 personnes dont des riverains a été remise par le Collectif d’Actions de la Société Civile (CASC) à l’ADEPI. Celle-ci exprime son opposition au projet en l’état. Il concerne moins le projet comme tel que la manière dont il est géré. La société civile exige en effet d’être consultée sur toutes les étapes du projet. Elle exige aussi une révision de la clé de répartition de l’énergie qui avantage les compagnies minières du Katanga et l’Afrique Sud, au détriment des autres usagers de la Société nationale d’électricité congolaise (Snel) et davantage de transparence sur les études d’impact environnemental et social ainsi que sur les projets de délocalisation des communautés locales.

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