MESSAGE DU CET EN RAPPORT AVEC LA VISITE PRESIDENTIELLE AUX USA.

Chers Compatriotes,

Coordonateur du CET

Le CET étant un groupe de réflexion et d’action pour la construction d’un État fonctionnel au Congo, nous ne pouvons nous taire face aux querelles persistant au sommet de l’Etat, susceptibles de compromettre le futur de nation.

Dans une interview accordée à l’agence Reuters, lors du sommet du G7, par la représentante du Secrétaire Général de l’ONU en RD, s’agissant du Président Félix Tshisekedi, on constate ceci :

« Ce dernier, intronisé en janvier pour succéder à Joseph Kabila, tarde cependant à former un gouvernement. C’est important, les Congolais sont dans cette attente-là, il ne faut pas les décevoir. Il ne faut pas que l’attente dure trop longtemps, et il ne se passe rien », a déclaré Leila Zerrougui, chef de la Mission pour la stabilisation en RDC (Monusco). Et cette déclaration n’est pas la première du genre.

Le constat fait par la représentante du Secrétaire Général selon lequel « rien » ne se passe à ce niveau en RDC doit nous interpeller tous, et surtout interpeller les conseillers du Président Tshisekedi. Ceux-ci qui doivent œuvrer pour faire en sorte que le Président se concentre sur les priorités du pays et cesse les tendances à l’improvisation.

Comprendre les priorités du pays

En général, les régimes semi-démocratiques (« petites démocraties ») résultant de processus d’agitation sociale et de conflits politiques – notamment quand les groupes d’opposition obligent les dictateurs à libéraliser – ne durent pas longtemps. Et ce, non pas parce que leurs leaders sont incapables de faire des harangues populistes contre les régimes qu’ils remplacent, mais plutôt parce que les troubles politiques et sociaux latents et la turbulence de l’environnement dans lesquels ils sont nés ne favorisent pas la survie de tout régime, et que les institutions sont encore faibles pour répondre aux demandes démocratiques. Les premières menaces existentielles au régime de Félix Tshisekedi  sont donc l’environnement chaotique, dû principalement à l’atomisation excessive de la société congolaise et à la faiblesse des institutions. Les priorités doivent donc être l’établissement de l’ordre public et le renforcement des institutions.

Le développement de coalitions politiques pouvant s’étendre sur l’ensemble du pays, au-delà des ethnies, des provinces et des régions, est un mécanisme connu pour réduire l’atomisation et, en conséquence, favoriser le maintien de l’ordre ; et ce, même si cela n’est pas synonyme de démocratie. Le maintien de l’ordre est la plus importante des fonctions régaliennes de l’État, car sinon, l’Etat ne saurait garantir les services essentiels à la population ainsi que la cohésion de la Nation. Le contraire du maintien de l’ordre est l’entretien de l’anarchie.

Certes, nous ne minimisons pas l’importance de la lutte contre la corruption et autres antivaleurs, mais comme Samuel H. l’avait écrit dans son célèbre The Third Wave Democratization  : « La corruption, l’inefficacité, l’incompétence, la domination de quelques intérêts particuliers se retrouvent dans toutes les sociétés, quelle que soit leur forme de gouvernement […] la distinction politique la plus importante entre les pays ne concerne pas leur forme de gouvernement, mais leur degré de gouvernement. La distinction entre ordre et anarchie est plus fondamentale que la distinction entre démocratie et dictature  ».

L’absence d’un gouvernement responsable est de nature à favoriser l’accélération de l’anarchie. Comme le dit la représentante de l’ONU, ce doit être la priorité, plutôt que de se concentrer sur les problèmes de corruption et les voyages à l’étranger. De retour des USA le voilà lance dans un projet de voyage en Turquie ! Et il a déjà un ambassadeur  itinérant qui pourrait amener son message partout au Monde.

Les conseillers de la Présidence doivent donc aider le Président à comprendre le bien-fondé de la priorisation des tâches et de la nécessité d’un gouvernement qui gouverne, afin de maintenir la violence à un niveau tolérable et amorcer la reconstruction nationale pendant les cinq ans de son mandat.

Cesser les tendances à l’improvisation

L’un des rôles les plus critiques du leader est la prise de décision. La mesure de l’efficacité d’un dirigeant réside dans la qualité de ses décisions (Bass, 1990 ; Trauffer, 2008).

La qualité de la décision est le degré de conformité aux intérêts de l’organisation ou de l’État pour ce cas precis. En général, une décision débattue par plusieurs personnes informées aura une qualité supérieure à celle prise par un seul homme. C’est pour cela que la bonne gestion des compétences des conseillers à Présidence de la République est recommandée.  Une prise de décision, remise en cause continuellement par l’autorité qui l’avait initialement prise, suite aux  critiques publiques,  dénote que le processus  décisionnel à la Présidence de la République est peu efficace et mérite une amélioration.

Un exemple de décision peu efficace et non productive pour le pays est celle de se rendre précipitamment aux États-Unis, avec entre autres l’espoir d’obtenir une assistance américaine pour la construction de INGA III, afin de vendre de l’électricité au Nigeria et a l’Afrique du Sud. C’est tout sauf une décision de qualité.

En effet, cette décision a-t-elle été suffisamment discutée par les conseillers ? Probablement pas ! Car quel serait l’intérêt des États-Unis d’assister la RDC pour le financement du projet INGA III, qui permettrait à la RDC de vendre de l’énergie au Nigeria et a l’Afrique du Sud, quand on sait que la stratégie actuelle des États-Unis est de vendre de l’énergie aux pays tiers ? Les États-Unis aimeraient certainement vendre de l’énergie à l’Afrique du Sud plutôt que de voir celle-ci être alimentée par l’électricité d’INGA III. Il n’est donc pas dans l’intérêt de la RDC d’associer les Américains à ce projet.

Par ailleurs, à propos d’INGA, peut-on ignorer que ce sont les dettes consécutives aux constructions d’éléphants blancs comme INGA I et INGA II qui ont entraîné la faillite de la République du Zaïre dans les années 1980 ? En hydroélectricité, le transport de l’électricité coûte beaucoup plus que la construction des centrales. Par exemple, la ligne Inga-Shaba avait nécessité un endettement de 850 millions de dollars au taux de 12 %, remboursable en 15 ans (soit plus de 4,5 milliards de dollars ou dix fois le budget annuel de la République du Zaïre durant la période 1975-90).

Pour faire face au déficit énergétique de Kinshasa, il était moins coûteux de développer le barrage de Zongo II, qui vient d’être construit, sous Kabila. Par ailleurs, la Gécamines n’avait nullement besoin d’Inga-Shaba, parce qu’il était moins coûteux de développer la construction du barrage de Busanga, plutôt que de subir les charges financières et de maintenance d’une ligne sous-utilisée. La construction de cette centrale vient seulement de commencer en 2017. Son coût de transport électrique ne sera que de $50 millions de dollars.

INGA I et INGA II n’étaient donc pas indispensables, mais obéissaient à la logique d’un centralisme excessif du pouvoir, d’un goût du gigantisme, en même temps que d’un besoin de corruption. Il semble que la tendance est de répéter les erreurs commises par Mobutu !

Concernant le projet IGA III, qui, certes, produira 20 fois plus d’électricité que le barrage de Busanga qui est en construction, des études ont prouvé que de l’électricité produite à partir de centrales photovoltaïques et éoliennes  locales reliées au réseau électrique serait moins chère que celle issue de ce barrage, et pourrait facilement contribuer à un programme d’électrification de toute l’étendue du pays avec de grandes retombées pour la production nationale. Selon des études, l’exportation de l’électricité d’Inga III pourrait rapporter au maximum environ  $2 milliards de dollars par  an  d’ici 10 ans tandisque un programme d’électrification de la RDC a le potentiel de multiplier la taille de notre économie par 10 c.-à-d.  $400 milliards durant la même période !

Par ailleurs, un autre exemple d’improvisation durant cette visite aux États-Unis est la visite du Président Félix Tshisekedi au quartier général de la CIA. Compte tenu de l’implication de celle-ci dans  des assassinats politiques  dans l’histoire de la RDC, notamment celui de Patrice Lumumba, la sagesse et le sens de responsabilité auraient dû éviter au Président d’y faire la déclaration qu’il a faite en demandant de l’aide pour déboulonner le système dictatorial. Peu des dirigeants au Monde peuvent s’adonner à cet exercice avec la CIA.

Quant à la visite du Président au FMI, la rencontre s’est produite avant que les dossiers ne soient préparés, alors que l’on attend encore l’annonce du gouvernement pour connaître le Ministre des Finances qui aura la charge de négocier avec le FMI.

Les voyages du Président à l’étranger sont certes importants, mais ne devraient pas se faire dans l’improvisation. Ils doivent être préparés par ses conseillers qui doivent élaborer les messages du President. Et ce, pour des raisons d’efficacité. Car comment entreprendre des négociations concernant les finances du pays sans disposer d’un ministre de Finance ?

Conclusions :

Nous devons aider le Président à réussir la stabilisation du pays. Toutefois, la sagesse nous impose de lui conseiller d’éviter une guerre stérile avec des partenaires du FCC, voire la violation de la constitution.

En pratique, il nous semble important et urgent, pour l’heure, de former un gouvernement qui se mette au travail en fonction des priorités les plus hautes, et d’éviter toute déclaration improvisée qui risquerait de décrédibiliser la parole de l’État.

Pierre Vile Linda SULA       

Coordonnateur du CET

Le 10 Avril 2019.

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