Profitabilite de INGA (Suite)

Ouvrons la parenthèse avec la question de l’appartenance au PPRD/FCC en faisant remarquer que M. Evariste Mpow , est un membre très actif de l’UDPS. Cette dernière organisation politique ayant déjà proclamé son allégeance (sa coalition ?) au PPRD et FCC, le précité peut-il apporter une preuve que le CET leur a aussi rejoint dans cette voie ?

 Par ailleurs, en citant Diego Cao qui avait remarqué un courant fort à l’embouchure du fleuve Congo, ses propres voyages effectués au Ghana ainsi qu’en Guinée et même l’hôtel luxueux où il avait été logé, apporte-il un élément  pertinent  dans l’argument en faveur de ceux qui  considèrent la réalisation du « Grand Inga » pour l’exportation d’Energie hydroélectrique comme une nécessité pour la RDC ? Faire une analyse de la profitabilité de l’exploitation du site hydroélectrique d’INGA pour la RDC  n’est pas synonyme de dénigrement du site d’INGA. La parenthèse est ainsi fermée.

Aerial view taken on December 16, 2013 in Inga shows the Inga 1 dam and Inga Falls on the Congo river. The Democratic Republic of Congo and South Africa vowed on October 16, 2015 to step up work on a massive new hydroelectric dam on the Congo River that could provide power to the entire continent. )

Il est vrai que je suis du côté de ceux qui sont sceptiques quant aux bénéfices de  la réalisation de Inga III visant l’exportation de l’électricité, et de ceux qui croient que les investissements devraient d’abord viser à l’électrification du pays en vue d’augmenter la productivité en RDC.

J’ai cité le projet de Volta qui était concurrent à celui d’Inga pour  dire qu’avant et après 1960, quand les dirigeants du Congo belge et du Congo indépendant, dont Patrice Lumumba, négociaient le financement d’Inga, c’était dans l’optique de « l’introduction d’industries nouvelles consommant une grande quantité d’électricité par unité de produit fabriqué » (lire F. Campus 1958 et CRISP du 14 octobre 1960).

Ces industries nouvelles à implanter au Bas-Congo devaient comprendre notamment la fonderie d’aluminium, de cuivre ainsi que les usines de fabrication d’engrais. Et ceci pouvait avoir un grand impact dans le développement du pays, qui était sur le point de devenir un pays industrialisé.

Malheureusement, Mobutu décida de produire de l’électricité pour l’envoyer au Katanga, 1800 km plus loin, afin de satisfaire ceux qui lui avaient proposé la technologie américaine, alors nouvelle, de transport d’électricité à courant continu à haute tension – CCHT –, le banquier de l’EximBank et le goût du centralisme ; et ce, au mépris des coûts y afférant. Jusqu’ici INGA1 et INGA 2 ne tournent qu’en dessous de  40% de leurs capacités ; et voila que l’on voudrait lancer INGA III pour exporter l’électricité en Afrique du Sud.

Pour le transport d’électricité à CCHT, selon Siemens, il est estimé qu’environ 5 % d’électricité se dissipe pour 1000 km. La distance d’Inga à la frontière sud-africaine étant de plus de 3000 km, plus de 15 % de l’électricité produite pour l’exportation vers l’Afrique du Sud n’arrivera pas à destination !

Par ailleurs, selon le FMI, la réalisation de ce projet nécessite un endettement de 14 milliards de dollars, dont la maturité arrivera avant que la RDC ne commence à vendre l’électricité. Il faudra donc puiser ailleurs dans les ressources financières pour commencer à payer la dette et les intérêts. Ce serait la répétition de l’histoire des années 1970-90. Il est important de rappeler aux Congolais que la construction et l’entretien d’Inga-Shaba a été le projet qui a pesé le plus lourdement sur le service de la dette zaïroise (lire à ce propos Zaïre, l’épopée d’Inga, Chronique d’une prédation industrielle de Jean-Claude William).

En effet, avant même la fin des années 1970, le paiement de la dette, couplé avec la « zaïrianisation », ne permettait plus à l’État « zaïrois » d’investir pour le renouvellement de l’outil de production et le financement des autres fonctions régaliennes, et de s’engager au développement des ressources humaines. En examinant le tableau ci-après, constitué de données de la Banque mondiale, vous constaterez que c’est durant cette période que nous avons été dépassés en PIB par tous les autres pays du monde, et que notre pays est passé de pays de niveau de revenu intermédiaire à celui du pays le plus pauvre du monde.

Rapport Comparatif PIB 1960-2017

S’endetter lourdement (14 milliards de dollars) pour la construction de Inga III, sur du long terme ( construction prévue pour 7 ans mais peut prendre plus de dix ans), afin d’exporter de l’hydroélectricité à de très grandes distances à des pays tiers est une folie, car avec le tiers de la même somme, des projets hydroélectriques de petite et moyenne taille, plus efficaces pour l’électrification du pays et sans impact négatif sur l’environnement, peuvent être construits rapidement.

La construction du Grand Inga freinera pour longtemps le développement de la RDC. En effet, comme le dit la loi de Gresham, « la mauvaise monnaie chasse toujours la bonne » ou, dans le cadre des investissements technologiques, « le mauvais investissement chasse le bon ». Le projet du Grand Inga constitue donc un éléphant blanc.

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