A CELUI QUI CROIT DEFENDRE FELIX TSHISEKEDI EN INSULTANT LUMUMBA

A  CELUI QUI CROIT DEFENDRE FELIX TSHISEKEDI EN INSULTANT LUMUMBA

Cher Monsieur  JM Mukanya,

Pourquoi persistez-vous à insulter la mémoire de Patrice Lumumba dans un débat qui ne le concerne pas ?

Une autre fois, vous vous êtes même moqué de sa prononciation en français de certains mots, en oubliant que les « interférences phonétiques » des langues tierces vers le français constituent un élément commun pour tous les peuples et que même en France il y a des accents régionaux. Ce n’est pas parce que Lumumba prononçait mal le mot « Belgique » qu’il aurait été moins instruit ou moins compétent, ce serait absurde !

En dehors de sa formation formelle  de postier (PP2) après ses études primaires, Patrice Lumumba avait travaillé pendant deux ans comme assistant du sociologue Français Pierre Clément, venu faire des enquêtes sociologiques au Congo en 1951-1953. Pendant tout ce temps, en plus des enquêtes sociologiques, Pierre Clément s’efforça d’élever le niveau de connaissance de son ami dans certains domaines. Le sachant bon lecteur et autodidacte, il commanda des livres pour lui. Puis, de retour en Europe, lui en enverra régulièrement d’autres. Il est important de noter que ceci se passe seulement sept ans avant l’indépendance du Congo et, comme l’écrira Pierre Clément dans un livre qui sera  publié en 1962 aux éditions de Présence Africaine, il existait auprès de tous les évolués congolais de grandes lacunes, dues au« manque quasi total d’instruction », s’agissant du système et de l’organisation politique des nations modernes, par rapport aux évolués noirs des autres colonies, françaises ou anglaises.

Après le départ de son ami, Patrice Lumumba sera avant tout un autodidacte. D’après le dictionnaire Larousse, autodidacte signifie : « Qui s’est instruit par lui-même ». Jean-Jacques Rousseau le fut aussi. Patrice Lumumba avait donc eu la chance d’élever son niveau d’instruction aux côtés du sociologue Pierre Clément avec qui il a vécu et collaboré pendant deux ans ainsi que par autodidactie. Il n’avait pas seulement le niveau de l’école primaire comme certains de ses ennemis ont toujours insinué. 

En affirmant que Patrice Lumumba aurait été moins instruit que Kasa-Vubu, Kalonji et Iléo, vous récidivez en salissant la mémoire de notre héros. D’ailleurs, ne peut-on pas se demander sur quels éléments vous vous êtes basé ? Car l’évaluation du niveau d’instruction ne se limite pas au parchemin de l’instruction formelle (que certains peuvent d’ailleurs acheter), mais tient compte du « savoir » (ensemble des connaissances acquises avec certitude même dans l’instruction non formelle) et du « savoir-faire » (l’utilisation de ces connaissances).

Celui que vous qualifiez de moins instruit que Kasa-Vubu, Kalonji et Iléo a justifié son « savoir » ainsi que son « savoir-faire » en écrivant un livre (Le Congo, terre d’avenir, est-il menacé ?) qui analysait la société congolaise de son époque ; et ce, avant l’indépendance. Qui parmi les autres leaders politiques de l’époque avait écrit un livre en français avant 1960 ?

Parce que vous semblez vouloir établir une comparaison avec les leaders congolais de la période de la décolonisation (que vous n’avez connus que sur la base de la propagande anti-lumumbiste des années 1960 qui présentait Patrice Lumumba comme un illettré), je vous recommande de lire W. J. Ganshof Van Der Meersch, Fin de la souveraineté belge au Congo, où il examine les critères de compétences avant la nomination du formateur du gouvernement congolais.

Voici ci-dessous ce qu’il avait consigné dans son mémorandum du 10 juin 1960 :

  1. M. Iléo est une personnalité moralement et intellectuellement très estimable, mais il est plus réfléchi qu’agissant et il paraît avoir peu d’énergie.
  2. M. Bolikango a un certain background électoral et du talent oratoire. C’est un homme loyal, mais de caractère assez faible.
  3. M. Kalonji ne manque pas de talent. Mais il est léger et a peu de consistance. Il se manifeste surtout par des discours et des excitations verbales.
  4. M. Kasa-Vubu jouit d’un très grand prestige, non seulement dans le Bas Congo et dans la Province de Léopoldville, mais dans le Congo entier.
  5. M. Lumumba est une forte personnalité, douée d’un exceptionnel talent oratoire. Il a une forte emprise sur les foules et est un des rares leaders congolais qui témoigne du sens de l’action… Mais je pense qu’il n’est pas indifférent aux influences des démocraties populaires.

Pour défendre le manque d’instruction formelle et non formelle reproché à Félix Tshisekedi, il ne suffit pas d’insulter Patrice Lumumba, à moins que lui aussi, comme le héros africain, eût fait preuve de savoir et de savoir-faire avant d’arriver à la Présidence.

Pierre Vile-Linda SULA

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